Essai : Cervelo Caledonia 5

Annoncé comme le vélo "pour Roubaix", remplaçant des C, mais aussi compromis entre R et S ou encore mini-Aspéro... mais qui est vraiment le Calédonia, dernier né de la famille Cervélo ? A l'issue de notre essai, la réponse est claire : aucun de ces vélos, mais un chassis ultra polyvalent et prêt pour affronter le World Tour !
Publié le 18/10/2020 20:49 - par
1903 vues - 0 commentaire
  • Lors de sa présentation le Calédonia nous a réellement intrigué. Présenté par Cervélo comme un vélo "pour Roubaix" (sous entendu pour le team Sunweb), mais aussi comme un vélo fun pour les longues sorties hors des sentiers battus... ce qui nous semblait assez paradoxal.

    Bien sur, quand on dit "Roubaix" on peut imaginer un chassis confortable, mais en l'occurrence, Cervélo a surtout produit une "géométrie Roubaix" et de la place pour des pneus de 32mm (bien que Roubaix se courre généralement en boyaux de 27 ou 28mm). Donc avec plus de place pour les pneus et l'expérience du brillantissime Aspéro, nous penchions pour une sorte de "mini-gravel" ou  "all-road sportif" dans l'ère du temps. Et d'un troisième côté, l'arrivée du Caledonia coincidant aussi avec la disparition de la série C, qui était le chassis "endurance" de Cervélo, nous pouvions aussi nous demander s'il n'en était pas le successeur inavoué... Enfin, avec ses fixations pour garde-boue intégrées, le caractère tout-temps / vélo d'hiver restait aussi à envisager... bref plus qu'un test de vélo, c'était un véritable examen en marketing qui nous attendait.

    Si le marketing n'insistait pas sur la taille de pneu, et le programme "Roubaix", nous ne verrions ici rien d'autre que la fusion d'un R et d'un S.

     

    Les Specs

    De prime abord, le Caledonia ressemble surtout à un vélo de course "moderne", ayant adopté tous les codes en vigueur des marques premium. Dans le désordre, haubans abaissés, cadre aéro, disques, cockpit intégré, serrage de selle invisible... et plus de place pour les pneus. Visuellement c'est parfait, rien ne dépasse, et si Cervélo ne communique aucun chiffre de performance aérodynamique, nul doute que le Calédonia n'est pas en reste.

    Au contraire, la communication est plutôt portée sur la taille de pneu, bien que nombre de vélo actuels acceptent également cette taille de pneu de 32mm (Tarmac SL7 ou SuperSix viennent en tête parmi nos essais récents). Le "côté Roubaix" est en réalité surtout à chercher du côté de la géométrie, inspirée des célèbres (mais jamais commercialisés) R3 Mud, plusieurs fois victorieux sur la reine des Classiques. Des bases légèrement plus longues (415mm), un angle de fourche plus ouvert (72°), pour un empattement légèrement allongé, et enfin un boitier abaissé à -74mm (même valeur que l'Aspéro). L'objectif est bien sur de gagner en stabilité, le reste des dimensions restant strictement identiques à celle du R3 ou du S3, mais avec un empattement allongé de 20mm par rapport à  un R.

    Par ailleurs le Caledonia, dans la tradition Cervélo, est décliné en 2 niveaux de carbone, anciennement le "3" (R3, S3...désormais non mentionné) et le "5". Le "5" utilise des fibres plus onéreuses, et permet de gagner, nous dit-on, 95 grammes sur la version standard, pour un comportement (rigidité/confort) strictement identique.

    Le cadre du Calédonia 5 est donc annoncé à 936 grammes en taille 56.

     Dans la tradition Cervélo... l'ensemble down tube-boitiers de pédalier-bases n'est jamais sous-dimensionné. Le Calédonia n'échappe pas à cette recette qui a fait ses preuves. Côté pneu, il semblerait déraisonnable de monter plus que les 32mm annoncés, du moins à l'arrière.

    Malgré une philosophie axée sur l'intégration, le câblage mécanique reste possible, tandis que les durites de friens sont totalement invisibles.

    A l'arrière, c'est surtout la tige de selle spécifique qui prend en charge la gestion du confort !

     

    Notre monture

    Nous avons reçu le Caledonia 5 Ultegra Disc, version la plus accessible de la gamme.

    Dans les grandes lignes, une transmission Ultegra mécanique (52-36 + 11-34), des périphériques spécifiques : tige de selle à profil en D et potence en aluminium avec passage de durite interne (et non remplaçable, car pivot de fourche non circulaire), des roues DT Swiss E1850 et des pneus Vittoria Rubino Pro 30mm (mesurant 32mm).

     

    L'histoire d'un faux départ.

    Ce sont des choses qui arrivent. Lors de notre premier tour, pas moyen de mettre le vélo en route. Des sensations étranges... Connaissant bien la marque, nous étions réellement surpris de ce comportement étrange, de cette inertie inexpliquable. Il faut dire que nous avons l'habitude de toujours faire un premier tour "en aveugle", sans prendre connaissance de la géométrie, ni peser le vélo. Régler la selle, gonfler les pneus, et faire le point après.

    De retour, la balance nous fournit une première indication : 8kg600 ! (avec pédales et porte bidon). Il faut dire, à nouveau (!), que l'intégration coûte cher : au minimum 50 à 100 grammes de plus sur la potence, et autant sur la tige de selle. Mais notre attention c'est surtout portée sur les roues. Déjà ces pneus "tout-temps", nous ont paru affreusement raides, mais une fois démontées du vélo, les DT E1850 nous ont révélé un poids impressionnant. En y ajoutant les pneus à 370gr pièce (en version tubeless, mais montés en chambre à air), une cassette 11-34 (en 105), et deux disques en 160mm, le Calédonia 5 était tout simplement plombé !

    Par chance, nous avions sous la main une paire de Mavic Cosmic en 45mm, et pneus standards en 25mm, qui nous a permis de poursuivre ce test, et surtout de découvrir qui était vraiment ce Calédonia !

    Une paire de Mavic Cosmic 45 providentielle, nous a permis de découvrir qui était vraiment le Calédonia : un couteau Suisse pour le World Tour !

     

    Retour gagnant !

    Si les Cosmic ne sont ni les plus légères, ni les plus dynamiques des roues, elles ont toutefois suffit à totalement transformer notre Calédonia, qui s'est révélé un véritable vélo de course ! Dès les premiers tours de roues, beaucoup de questions sont résolues. Non le Calédonia n'est pas un vélo de gravel ou d'endurance ! Ainsi chaussé, nous avons surtout l'impression d'être sur un vélo aéro conventionnel. Un vrai gros rouleur ! Ouf !!

    En danseuse le plaisir de l'accélération retrouvée nous régale. En montant au train, le Calédonia ne démérite pas. Non ce n'est pas un R, mais les Cosmics ne sont pas non plus des roues de montagne. Ce qui est sur c'est que jusqu'à 7-8%, on n'a rien à lui reprocher. Au-delà, les roues permettraient d'en tirer le meilleur, comme sur n'importe quel vélo d'ailleurs.

    Même si Cervelo n'affiche aucune valeur aérodynamique, nul doute que le Calédonia n'a que peu à envier à la concurrence... à commencer par ses propres modèles.

     

     

    D'ailleurs, si nous percevons toujours une gêne résiduelle dans les forts pourcentages, c'est toujours du simple fait du poids du montage. Le cadre lui-même, bien que "haut-module" (qui peut parfois se traduire par "intordable"), est au contraire un modèle de bonne composition. Rigide mais élastique, il accompagne le mouvement et réagit toujours comme on s'y attend, aux changements de tempo, comme aux changements de roues.

    Le confort est également présent, subtilement toutefois. L'arrière est confortable, oui, mais pas réellement plus que bon nombre des vélos que nous avons testé cette année. En réalité, c'est surtout la tige de selle et la fourche qui procure une filtration notoire ! et sans perte de précision ou impression de latence en relance. Cela étant, et gardant à l'esprit que nous poursuivons notre test en pneus de 25mm sur des routes particulièrement mauvaises, oui le Calédonia, procure un réel lissage bienvenu sur le long terme. (D'un autre côté les Rubino Pro, même en 30mm, n'apportait pas plus de confort)

    Un bilan jusqu'ici très satisfaisant, mais le vrai plus du Calédonia nous attendait plus loin :  en descente ! Même si la recherche de stabilité était, semble-t-il destinées aux pavés, c'est dans les longues épingles alpines que nous avons particulièrement apprécié la stabilité de l'ensemble, et la facilité d'inscrire le vélo sur une courbe. Dans ce département, nous n'hésiterons pas à parler d'une certaine magie, réellement inconnue sur d'autres vélos de course. Les C donnaient aussi cette sensation rare de suivre un virage, presque comme les carres d'un ski de carving, mais avec le Calédonia, Cervélo y ajoute une position plus racée, avec un poids mieux réparti et une fourche plus directive, pour un feeling vraiment nouveau pour nous. Par ailleurs, les chiffres le disent, ce ne sont que quelques millimètres ici ou là, qui affinent cette géométrie, sans pour autant faire du Calédonia un VTT ! Au contraire, rien ne laisse présumer de ce comportement exceptionnel tant que l'on n'est pas lancé en pleine descente, mais oui, le Calédonia est sans aucun doute le meilleur descendeur que nous ayons jamais testé.

    Il faut rendre à César... grace à sa géométrie, sa fourche et son compromis global entre rigidité latérale et filtration, le Calédonia est sans aucun doute le meilleur descendeur que nous ayons jamais testé !

     

    N'oublions pas le chapitre pneu... De notre point de vue, ce n'est parce qu'on peut mettre des gros pneus qu'on doit systématiquement le faire. Le Calédonia offre l'option appréciable de rouler en 32, (voire un peu plus à l'avant), ce qui peut s'avérer très utile dans certains cas... mais pas tous les jours selon nous. La taille de pneu étouffe toujours un peu le dynamisme d'un vélo, et sur un chassis intrinsèquement aussi stable et confortable que ce Calédonia, ils ne sont que rarement indispensables. Sur route, nous préférons clairement le dynamisme aux supposés avantages du volume.

     

    Bilan.

    Le bilan est finalement excellent, si tant est qu'on change les roues ! Dans sa version "commerciale", le cadre est totalement enterré par le montage. C'est regrettable, pour le prix, comme pour l'esprit du cadre ainsi dévoyé.

    Nous avons découvert que le Calédonia est avant tout un vélo de course, avec un compromis très bien dosé entre aérodynamisme et confort, malheureusement un peu au détriment du poids. Il reste un très bon grimpeur, mais qui, dans cette version, pratiquement 2 Kg au-dessus du Cervelo R5D que nous testions à sa sortie, ne  peut évidemment rivaliser avec un R en haute-montagne... nous serions curieux de le tester avec un montage à 6kg800!

     

     

    Indignes ! malgré leur look sobre et élégant, les roues DT Swiss E 1850 sont l'erreur de ce montage... Avec leur poids inavouable, elles ne peuvent même pas faire office de roues d'entrainement !

     

    A l'exception des roues, les périphériques sont de grande qualité, comme la tige de selle spécifique en carbone, le cintre maison en carbone particulièrement confortable, ou la selle Prologo.

     

     

    Un composant clivant : la potence spécifique destinée à conduire en interne les durites de freins, à l'intérieur du cintre, de la potence (oui le cintre est percé), et finalement dans la fourche et le cadre. Pour ménager un cheminement aux durites, le pivot de fourche présente un profil spécifique.

    Si la solution est particulièrement astucieuse et élégante... elle est aussi lourde et peu flexible : on vous laisse imaginer le travail pour changer de longueur de potence...

     

     

    Pour Qui

    Pour faire Paris-Roubaix, bien sur (mais pas cette année)... alors plus surement pour ceux qui, justement, hésite entre un S et un R. Le Calédonia est un réel compromis entre les deux, et visuellement au moins ressemble d'ailleurs aux vélos "à tout faire" qui font leur apparition chez les grands constructeurs.

    Dans un monde parfait, Il serait aussi le deuxième vélo idéal pour les inconditionnels de la marque, qui voudraient justement préserver leur S ou leur R pour l'été, et tirer parti du Calédonia pour l'entrainement, voire la pluie avec la possibilité de l'équiper en garde-boue. D'autant plus qu'avec des Stack et Reach identiques, il permet d'obtenir facilement le même fitting.

    Pour ceux qui sont moins familiarisés avec l'univers Cervélo, le Calédonia, nous semble l'archetype du vélo de course "à tout faire". Très sécurisant à haute-vitesse, autant par sa géométrie que son absorption des vibrations, aérodynamique et efficace au pédalage, le Calédonia est réellement polyvalent. Sa rigidité est pourtant calibrée pour en faire également un très bon grimpeur qui conviendra au coursier comme au cyclo, voire à l'aventurier sportif. Son comportement avec différentes roues montre son côté caméléon, capable d'être typé par les roues. Il pourra donc recevoir sans sourciller des roues hautes et/ou rigides si besoin.

    Version... Il conviendra donc à notre avis d'éviter ce montage. Pour nous la version suivante dans la gamme, Ultegra Di2 Disc, avec sa transmission électrique et ses roues Réserve 35mm en carbone (Santa-Cruz) permettront de tirer le meilleur de ce cadre de très haut-niveau.

     

    En Résumé

    Avec ses "gros pneus", le Calédonia est présenté comme un vélo "polyvalent / baroudeur", ce qui nous parait une erreur. Non pas que cela soit faux, mais c'est vraiment passer à côté du pedigree "World Tour" du Calédonia. Il n'y a qu'à choisir les roues du jour, et le Calédonia est capable de performer sur n'importe quel étape d'un Grand Tour ou la plus exigeante des Classiques !

    Cela dit, c'est à notre connaissance un des vélos qui allie le mieux performance et polyvalence, dans tous les domaines... Il a clairement les traits de caractère des carbones haut de gamme, tout en restant plus policé quand la forme ou la route se dégrade.

    Enfin, n'oublions pas le meilleur, le plaisir de pilotage, porté à un niveau jamais vu jusqu'ici.

    Encore un cadre extraordinaire !

    On ne peux résumer un vélo à sa fourche, mais pour nous la fourche du Calédonia 5 est la meilleure que nous ayons roulé. Extrêmement rigide et précise tout en étant très confortable, acceptant un pneu proche de 35mm, et même équipé d'un insert pour visser un garde-boue !

     

    +

     

    Cadre ultra efficace mais accessible

    Descendeur d'exception

    Vélo ultra polyvalent

    Look Up To Date

    -

    Ensemble fourche / potence propriétaire lourd et peu flexible (la potence existe toutefois en version carbone, mais une seule angulation)

    Roues indignes du cadre dans cette version d'accès

     

     

    Poids VdR : 8.6 Kg (Taille 54, avec pédales, 2 porte-bidon et support gps)

    Tarif : 5499 €

    Le Calédonia est livré avec 2 caches de direction, ici en 22mm, et aussi en 7mm, ainsi qu'un support de GPS qui s'installe directement sur le capot de potence. Avec un Stack et Reach rigoureusement identiques, à ceux d'un R ou d'un S, le Calédonia peut se rouler très sport...ou plus "endurance", en utilisant le cache de 22mm et les entretoises.

    Les entretoises spécifiques se séparent en 2 pour pouvoir être manipulées avec les durites en place.

    Non le Calédonia n'est pas un vélo de bikepacking... mais il permet de régler sa position de bidon (plus bas si l'on n'en monte qu'un)


  • Classé dans la categorie: Matos | Voir les autres news dans cette categorie
Advertisement
  • Connectez-vous pour commenter

    Connectez-vous :


    Mot de passe perdu ?

    Inscrivez-vous :