Découverte: sur les terres de Q36.5

Vélo de Route a été convié, à la mi-octobre, à un lancement presse organisé par la marque italienne de vêtements Q36.5°. Ce rendez-vous, organisé dans le Sud-Tyrol, nous a permis de découvrir l’univers de la marque italienne, mais également de mieux connaître SRM et Schwalbe.
Publié le 25/10/2023 07:00 -
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Texte : Amaël Donnet

Photos : Jim Merithew & Amaël Donnet

 

Deux jours, cela peut être à la fois long et court selon l’occupation de ces quarante-huit heures. La présentation fut intense, ce qui en découle un sujet relativement long. Alors, asseyez-vous confortablement et prévoyez un petit ravitaillement avant de parcourir ces deux mille mots mis bout-à-bout de manière très personnelle.

 

Go fast !

Un mardi matin d’octobre, la pression n’est pas que dans le fût de bière. Je dois être à cent pour cent de ma concentration afin de terminer à temps un article urgent. Celui-ci classé, il s’agit de préparer ses affaires, de faire le plein de la voiture et de filer prestement afin de rejoindre la région de Bolzano d’ici la fin de l’après-midi. Rédiger sous pression, c’est au final presque ce que je préfère. Car comme diraient les Québécois, on n’a pas le temps de niaiser.

Je quitte la Vallée du Rhône en mettant le cap sur Zurich, puis direction les Grisons. Après avoir traversé la campagne morne du Plateau Suisse, les paysages redeviennent plus plaisants à l’approche des Grisons. Les heures s’envolent plus rapidement que prévu, il est impératif de changer d’allure. Dans les cols italo-suisses, le tempo est mis en mode «go fast». Des champs de pommiers surgissent au détour d’une descente, puis j’aperçois à nouveau des vignes. Me voici arrivé dans la province autonome italienne de Bolzano . Dans le Sud-Tyrol, les Italiens parlent en majorité allemand, ça surprend !

Le point de vue depuis ma chambre. Même si la météo n’est pas au beau fixe, c’est loin d’être dégueulasse !

C’est expédié en moins de dix minutes, me voilà installé et prêt à rejoindre l’équipe de Q36.5°. Dans un premier temps, je rencontre un collègue travaillant pour Eurosport, nous cherchons vainement le point de rendez-vous… Puis, nous trouvons Mario Kummer, un ancien professionnel sur route et directeur de la «fameuse» équipe de Jan Ulirch . Mario gère l’apéritif et les présentations en compagnie de Daniela (responsable marketing). L’apéro et le repas pris dans une ambiance bon enfant, en guise de second dessert, le créateur de SRM , Ulrich Schoberer (Uli pour les intimes) en personne, nous parle des nouveautés à venir (par exemple, le Power Control 9) ainsi que des différents capteurs de puissances (manivelles, pédales, axes), de leurs avantages et de leurs faiblesses.

Voici les nouvelles pédales «route» et «VTT» signées SRM. Elles sont complémentaires aux pédaliers et elles ont pour but de répondre à une certaine demande du marché. Si dans le domaine SRM de la communication, l’entreprise de  germano-italienne marque pas, cela reste la référence absolue en matière de précision des mesures et dans la reproductibilité de ces dernières.

 

Du Val Venegia à Caldaro

Après un copieux petit déjeuner, la présentation Schwalble permet de resynchroniser les connexions neuronales grâce à un petit jeu de devinette. On ne va pas vous fatiguer, les réponses se trouvent ci-dessous.

Schwalbe fête ses cinquante ans, la marque a été lancée par le groupe Ralf Bohle GmbH en 1973. Le groupe emploie 220 personnes à son siège en Allemagne, 4000 employés dans le monde, 80'000 pneus et chambres à air fabriqués par jour, 32'000'000 la production annuelle.

 

Jurgen Bargen nous parle également du G-One Overland 365 qui est un pneu de gravel possédant une carcasse renforcée et des bandes réfléchissantes permettant d’être mieux vu quand la luminosité baisse. Nous apprenons également qui si la production est sous-traitée en Asie, les chambres à air Aerothan, réalisées en TPU, sont fabriquées en Allemagne. Schwalbe a lancé une campagne de recyclage depuis 2015, pour le moment c’est le concept de la pyrolise qui est utilisé. Si ce service n’existe qu’en Allemagne pour le moment, il y a un souhait de développer cette activité à l’international.

Cette partie studieuse terminée, il est temps d’aller rouler ! Cette présentation, c’est surtout l’occasion de tisser des liens et d’essayer de nouvelles tenues Q36.5° dans un cadre enchanteur mais rude. Nous allons rouler en montagne, au pied des Dolomites. L’amplitude des températures est importante en cette période de l’année. L’équipement du jour se compose des éléments de la collection automnale Woolf et du gilet Adventure. Nous reviendrons sur l’essai de la tenue tout prochainement, affaire à suivre ! C’est en véhicule que nous rejoignons notre point de départ situé dans le parc naturel de Panaveggio – Pale Di San Martino.

Notre équipe est bigarrée, les âges vont de la trentaine à la soixantaine, certains semblent affutés, d’autres moins… Mais au final, on s’en fout bien pas, ce ni une compétition, ni un concours de mesurage de zeg. Mario dicte le rythme en tête de peloton, les regroupements se font au sommet des bosses et en bas des descentes, sans prises de tête, ce n’est que du plaisir et du partage. L’ ex-pro de la RDA a un bon coup de pédale, il faut dire que Mario a des titres de champion du monde et une médaille d’or olympiques. Toutefois en fin d’ascension, il doit laisser filer un ou deux jeunes ainsi que Brennan Wertz. Nous allons revenir sur le parcours atypique de ce jeune Californien d’ici quelques lignes. Au fil des kilomètres la pente se fait plus sévère, les montagnes nous enserrent, les sommets tranchants tutoient un ciel aussi intense que profond. Les premières couleurs automnales colorent les prairies. Les contrastes sont saisissants et en octobre, nous sommes les seuls ou presque à en profiter. Que vouloir de plus ?

Après une ascension de presque huit kilomètres, riche de +/- 700m de D+, nous atteignons le point haut du jour au sommet du Val Venegia (2’188m). C’est le moment de faire une photo de groupe !

À chacun sa manière de prendre son envol !

 

Un petit détour par une «gouille» et la troupe attaque la descente. Ayant pris le temps de faire quelques clichés, je pars derrière et je remonte un à un mes collègues qui descendent prudemment. Le terrain est globalement lisse, mais il convient d’ouvrir les yeux car et de ne pas s’endormir. Que cela soit en ligne droite ou au détour d’un virage, quelques passages cassants peuvent surprendre. Mario s’est échappé, je le rattrape sur une partie asphaltée en adoptant la désormais célèbre position, mais interdite en compétition, Mohoric. Les jambes sont serrées pour encore mieux fendre l’air. Mais plus que le mélange gazeux que nous respirons, c’est la peau qui va se fendre : la largeur des pneus cramponnés transforme ces derniers en ponceuse de genoux. À ne pas répéter chez vous !

En milieu de parcours, une surprise nous attend. C’est une mode internationale, les travaux forestiers sont signalés toujours au dernier moment. Pour les contourner, nous devons jardiner un peu et passer à un plan B.

C’est le plan B !

 

Non, nous n’avons pas oublié Brennan ! Après avoir été champion du Monde U23 en aviron, le Californien de vingt-six ans est désormais pro sur route et en gravel. Dans cette dernière discipline, sa favorite avec les courses contre la montre, Brenann roule sur un cadre artisanal en titane Mosaic. Pour notre ami au gabarit imposant (196cm, +/- 90kg), le léger surpoids, vis-à-vis d’un modèle en carbone, ne se ressent pas. Le rendement et la rigidité répondent présent et la filtration des petits chocs et des vibrations sont sans équivalence. Cela lui permet de rouler vite et longtemps en gravel. On l’oublie souvent, mis à part pour les compétitions ultra courtes, le confort est un des éléments essentiels de la performance.

La suite de la sortie est globalement descendante, mais cela ne signifie pas que l’on se met en mode roue-libre ! Il y a de nombreuses relances qui égaient le retour à l’hôtel. Les montagnes cèdent leur place à de hautes collines, les vignes et les pommiers remplacent les mélèzes et les sapins. En fin de sortie, ma roue avant tape un caillou caché sous les feuilles. L’air s’échappe petit à petit, le liquide préventif ne fonctionne pas sur les crevaisons par pincement. Il n’est donc pas surprenant de crever, par contre le fait d’avoir monté ce gravel en chambre à air l’est plus ! Tout au long de la sortie j’ai adopté un pilotage agressif peu compatible avec un montage «tubetype», je pensais que les pneus étaient tubeless. Parfois, quand on ne se pose pas de question, ça passe ! Je sors l’outillage, une chambre à air Tubolito et Daniela me donne un gonfleur CO2. Juergen sourit et remplace ma chambre à air contre une Aerothan, cette dernière serait plus fiable et plus robuste. J’acquiesce… Et dans ma tête j’organise déjà un futur essai de cette chambre à air en TPU.

Couvert de poussière, mais souriant, nous regagnons l’hôtel en fin d’après-midi. Longue de 86km et riche d’un dénivelé positif de 1'210 mètres, cette sortie est à découvrir ici

En soirée, nous mangeons en compagnie de Vincenzo Nibali. Le champion nous rejoint virtuellement en vidéoconférence. Le Requin de Messine, vainqueur des trois grands tours ainsi que de Milan-San Remo et du tour de Lombardie, a découvert la marque dès ses débuts en 2023. Aujourd’hui, il est fier d’être ambassadeur et de participer au développement de la marque en essayant les nouveautés. Une ligne lui est consacrée, elle regroupe à travers un design spécifique les pièces préférées de Vincenzo dans la collection Q36.5°.

 

Au siège de Q36.5°

Au petit matin, après un zig-zag à travers Bolzano, nous nous retrouvons au siège de Q36.5°. Le QG est situé dans un bâtiment regroupant plusieurs sociétés, il est coincé en entre la rivière Isacro, une route chargée en trafic, une autoroute et un pan de montagne. Il n’a rien de sexy, et dit comme ça, c’est un bel endroit pour débuter une aventure dystopique. Fort heureusement, en franchissant la porte d’entrée, l’ambiance change du tout au tout. Toute la collection est visible, y compris certaines nouveautés à venir, tout est à sa place et c’est aussi chaleureux que dehors c’est froid et triste.

Mario nous sert un bon petit café !

Luigi Bergamo a fondé la marque en 2013 après avoir travaillé dans le développement pendant treize années chez Assos. Aujourd’hui, il détient rennes de la société en compagnie de sa femme originaire de Suisse. Le nom Q36.5° vient du terme latin «quaerere» qui signifie rechercher. Les vêtements sont conçus pour thermoréguler la température du corps aux alentours de 36.5°. C’est la température idéale de fonctionnement pour le corps humain. Les fils utilisés pour la fabrication sont italiens, souvent développer spécialement pour Q36.5°, et la fabrication est assurée dans un rayon de 350 kilomètres autour de Bolzen/Bolzano.

Luigi et Daniela du service marketing

Après un début de matinée qui nous a permis de mieux comprendre les visions de la marque, on vous parlera plus en détail, lors de l’essai de nouveaux vêtements, il est temps de partir faire un petit tour. Pour l’occasion, j’enfile la tenue Grid Skin testée il y a quelque temps. Le tout, toujours sans tomber, il va falloir encore patienter pour savoir si les protections incrustées dans le tissu fonctionnent, ou pas. Par rapport à la veille, la boucle fut très (trop ?) facile, nous avons serpenté durant une trentaine de kilomètres entre les pommiers de la vallée et les vignes de Missiano. Pour ceux que ça intéresse, la boucle est visible ici

 

Après les salutations d’usage, il est l’heure de me remettre, non pas en selle, mais dans le baquet de mon petit coupé pour retrouver mes vignes situées à environ sept heures de route… Ça c’était sans compter sur les bouchons à Zurich !

 

Prise de contact avec le Pinarello Grevil

Durant ces deux journées, j’ai passé quelques heures sur le gravel Pinarello. Il n’y a pas de quoi rédiger un test complet, mais avec l’expérience, il est possible d’en retirer de précieuses informations. Le châssis asymétrique du Grevil 7 est fabriqué en carbone T700 de chez Toray. Le cadre est profilé, c’est un modèle qui se veut être orienté vers la compétition. La rigidité est bien présente, mais sans excès. Même si on perd les jambes durant la sortie, on ne sera jamais planté. Ce Grevil 7 pardonne les baisses de régime. Le confort s’est montré très honnête et si on rajoute une stabilité impossible à prendre en défaut, on comprend vite que l’on possède une arme pour descendre à des vitesses tout sauf recommandables. Nous avons aussi particulièrement apprécié le poste de pilotage que nous avons trouvé ergonomique et adapté au gravel. A contrario, si le freinage du groupe Ekar est sans reproche, la précision du changement de vitesse demande un certain doigté dans le «shifting». Par analogie, on peut dire que c’est un peu comme les Ferrari des années quatre-vingts et leur grille en H : ça fonctionne, mais sans demande de s’appliquer et un peu de patience lors des changements de vitesse. Il est aussi possible que les passages internes ne favorisent pas la fluidité d’une transmission mécanique. Cependant, dans ce domaine, le nouveau groupe Shimano GRX est bien meilleur. Aussi sportif que le BMC Kaius , ce Pinarello se montre plus docile et bien meilleur que son rival helvète sur les sentiers chaotiques ou techniques. Si nous avons trouvé son esthétique particulière, et pas forcément accordées à nos goûts, ses qualités dynamiques sont excellentes.

 

 



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