Présentation : Meynet Reynolds 531 «restomod»

Le «restomod» est une vision de la restauration qui provient du monde automobile. Elle consiste à moderniser un ancien véhicule tout en conservant son caractère originel. Nous avons tenté d’appliquer cet exercice périlleux sur un vélo de course des années quatre-vingts. Ce type de transformation ne laissera personne indifférent, on adore ou on déteste !
Publié le 07/06/2020 19:05 - par
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    Texte :  Amaël Donnet

    Photos : Amaël Donnet, Vincent Becqué

     

    Le restomod, on se perd en route… Pour le plaisir !

    De nombreux acteurs sont actifs sur le segment restomod dans le milieu auto, cela concerne le plus souvent les voitures sportives ou les «muscle car». Il existe autant de fans, dont nous faisons partie, que de détracteurs qui crient au scandale. Retoucher un modèle iconique, c’est toujours un grand risque et ce même si le principe des modifications respecte le caractère original de la voiture. Dans l’absolu l’idée est de remettre au goût du jour une voiture ancienne. Après tout est possible, tout est envisageable. Les seules limites concernent le budget alloué aux transformations et au temps nécessaire pour les réaliser. Dans ce domaine, notre artiste préféré se nomme Rod Dickinson. C’est le cousin de Bruce Dickinson, ce dernier est chanteur et compositeur auprès du groupe mythique de Iron Maiden (new wave british heavy metal métal). Lors des tournées mondiales de la Vierge de Fer, c’est Bruce qui pilote le 747 Iron Maiden. On s’égare, revenons à nos moutons ! Rod fut également musicien, mais son amour pour les Porsche (plus particulièrement des 911 du millésime 964) lui on fait créer Singer il y a un peu plus de dix ans.. Son travail d’orfèvre l’a rendu célèbre, ses créations sont à la fois luxueuses et folles.

     

    Le vélo d’origine : Meynet 531

    Le cadre est en acier Reynolds 531 Professional, cette série d’acier a remplacé la série 531 SL. Le nombre représente le ratio des matériaux utilisés (manganèse, acier et alu) dans cet alliage. La série complète était annoncée à 1'900 grammes. A l’époque le concurrent direct c’était Colombus avec ses séries SLX & TSX. Le cadre est à raccord, le triangle arrière et la fourche sont chromées. Nous n’avons pas la preuve, mais ce cadre a certainement été réalisé chez Cilo.

    Ce vélo est équipé d’un groupe Campagnolo Record complet, d’un poste de pilotage 3TTT et de jantes à boyaux Mavic GP4. Ce montage était un classique des années quatre-vingt pour les vélos haut de gamme. En 1984 la marque italienne fera évoluer son groupe de manière radicale, surtout au niveau de l’esthétisme, en sortant le C-Record (ou Record Corsa).

     

    Le restomod à la sauce Vélo De Route

     

    De l’huile de coude et un peu de mécanique

    Notre souhait était de conserver ce vélo, qui appartenait à un junior, dans son jus tout en le rendant fonctionnel. Ce vélo a été lavé, les chromes ont été partiellement lustrés, la patine a été conservée. Ce vélo possède son histoire, nous n’avons pas voulu y toucher. Nous l’avons cependant modernisé en changeant quelques pièces afin de le rendre plus fonctionnel et plus agréable à rouler :

     

    Les roues d’origines, des jantes GP4 montées sur des moyeux Campagnolo Record, n’étaient pas en bon état. Nous n’avons pas réussi à corriger le voile et à éliminer les plats. De plus si c’était du bon matériel à l’époque, ces roues, comme toutes les autres, n’étaient ni légères, ni rigides. Nous les avons remplacées par des Ksyrium Pro Carbon SL tout en restant en boyaux.

     

    Exit la cassette/roue-libre à six pignons ! Une Sram Force 11-25 dents en dix vitesses apportera plus de choix et plus de facilité dans les ascensions. Les manettes de type «retrofriction» permettent aisément cette modification. Nous aurions aimé installé une cassette 11-28 dents, mas la chape ultracourte du dérailleur arrière ne l’autorise pas.

     

    Peu pratique et pas agréable sur les longues sorties, les pédales à cale-pied ont été dégagées de suite tout comme le porte-bidon complètement tordu. La selle Brooks, les cocottes et le ruban de cintre ont été installés pour notre plaisir, ils ne changent pas radicalement la donne.

     

     

    Petit Curriculum Vitae

    • Cadre : Meynet, acier Reynolds 531 Professional
    • Fourche : Meynet, acier Reynolds 531 Professional
    • Direction : Campagnolo
    • Groupe : Campagnolo Record
    • Roues : Mavic Ksyrium Pro Carbon SL
    • Boyaux : Vittoria Corsa, 700X23mm
    • Potence : 3TTT
    • Cintre : 3TTT Competizione
    • Ruban de cintre : Supercaz
    • Tige de selle : Campagnolo
    • Selle : Brooks Cambium C17
    • Porte-bidon : Leyzyne
    • Pédales : Shimano PD-ES600
    • Poids : 8kg640

     

    Alors, ça donne quoi ?

    Nous avons roulé ce Meynet dans le cadre de différentes pratiques/usages et son montage a évolué avec le temps. Nous avons quelque peu tâtonné avant de trouver le montage qui nous a donné entièrement satisfaction.

    Après la compétition et les déplacements de type vélotaf, finalement c’est à travers les belles et longues sorties vallonnées qu’il nous le plus séduit. S’il est possible de rouler fort à son guidon, de déposer les «poseurs» qui nous regardent avec dédain, c’est à une allure modérée et en observant les paysages qu’il s’apprécie le plus. Là, on prend le temps de faire corps avec cette machine qui distille des sensations oubliées. La position est ramassée, les cocottes sont fines. A l’usage, on redécouvre sans cesse des sensations oubliées.

     

    En mode vélo ravitaillement. Une fois bien lesté le 42X25 est assez difficile à emmener sur les pentes à 12% ! Nous avons pris parfois ce noble vélo pour une bête de somme. Nous nous excusons de l’avoir rabaissé à ces basses tâches prolétaires. Il mérite bien mieux que cela !

    Course de côte «Aigle-Corbeyrier», juste avant j’ai lancé une attaque sur la plaque dans le style de Pierre Rolland… Je l’ai payé cher, très, très cher ! Des idées pareilles… Je termine tout de même à quatre minutes de l’ancien médaillé olympique en VTT Christoph Sauser.

     

    En voyant ce Meynet, on pense qu’il est lourd. Mais avec ses 8kg640 sa masse se montre honorable. Si la fourche est assez souple, le cadre ne plie pas trop (moins que nous le pensions avant de l’essayer) sous les coups de jarrets. Malgré les roues en carbone qui améliorent le dynamisme, c’est au couple que les sensations sont les plus agréables. Sur les changements de rythmes, dans les passages en force ou en sprint, son comportement se trouvent à des années-lumière vis-à-vis d’un vélo moderne.

    Des freins ?!? Non, tout au mieux des ralentisseurs progressifs…

     

    Changement de rapports à l’ancienne, c’est l’occasion de travailler sa coordination et son anticipation

     

    Les pédaliers compacts n’existaient pas… 52X42 dents, tu pousses… ou tu crèves !

     

    En roulant sur ce vélo, il convient d’anticiper ses décisions et d’être réveillé, ceci pour ne pas se retrouver planté en bas d’une côte ou pour éviter de louper un virage. Les étriers de frein à simple pivot manquent clairement de rigidité, le freinage n’est pas incisif pour un sous. En descente il est préférable de garder une certaine réserve de sécurité pour éviter de finir au tas. Nous sommes admiratifs aux pros de l’époque qui dévalaient les cols à pleine vitesse. C’étaient de vrais funambules ! Les manettes fixées au cadre réclament un certain doigté, l’anticipation est de mise, surtout pour le changement de plateau. Mais quel bonheur d’arriver à changer les plateaux et les pignons d’une seule main en jouant avec les pouces et l’index ! On a presque l’impression d’apprendre au piano le deuxième mouvement de la septième symphonie de Beethoven. OK, là c’est à deux mains et la dextérité n’est pas comparable et c’est un morceau presque «facile». Mais rêvons un peu… Et dans ce domaine, ce Meynet permet de s’évader, de vivre d’autres sorties et de sourire, le tout avec cette musique qui résonne dans notre tête. On oublie les chronos, les KOM et tous les petits tracas de la vie.

     

    Une ambiance estivale, une balade cool, voici notre petite idée du bonheur au guidon de ce vélo atpyique.

     

     

    Le Meynet prend la pause devant le château d’Aigle qui se trouve à quelques kilomètres du siège de l’UCI.


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  • 1 Commentaire


    avatar  Publié le 2020-06-08 09:19:52 par Nico J

    Magnifique !!
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