Escapade gravel dans la "Belle Province"

L’envie de voir du pays. L’envie d’accomplir un défi physique avec une journée de vélo à plus de 200 km. L’envie de faire un court « biketrip » de 3 jours. Cap sur la "Belle Province", autrement dit le Québec avec ses magnifiques couleurs automnales pour mettre le triple projet à exécution.
Publié le 31/10/2019 08:45 - par
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  • Texte et photos : Arnaud Pierrel

     

    Quelques courriels, quelques coups de téléphone plus tard, me voilà lancé sur le P’tit train du Nord. Le parc linéaire Le P’tit Train du Nord est situé dans les Laurentides, juste au Nord de Montréal. Il emprunte une ancienne voie ferrée, entre Bois-Fillion et Mont Laurier. Avec ses 232 km, il est le parc linéaire le plus long du Canada. Il est divisé en deux parties, la partie « Sud » et la partie « Nord ». Sachant que je vais partir de la «Rive Sud», je vais rajouter un bon 60 km avant de rattraper le «p’tit train du Nord» mais je vais avoir l’occasion de traverser l’île de Montréal, puis je serai sur le tracé «Sud », qui court sur 32 km avant de rejoindre Saint-Jérôme, lieu du point 0 du tracé « nord »; restera alors 200 km à accomplir avant de rejoindre Mont Laurier et la fin du tracé. Au total, le trip comptera plus de 500 km.

    Voilà le programme et le package (2 chambres à air, une mini-pompe, un multi-outils, une veste de pluie, un maillot chaud, un slip et une paire de Flip-flop - très important ! - et une CB).

     

    Jour 1 : 220 km

    Jour 2 : 183 km

    Jour 3 : 100 km

     

    JOUR 1

    On gonfle les pneus, on remplit les bidons, un café, on allume le Garmin et c’est parti. Départ 8:00 à la fraîche mais plein d’entrain. La traversée du fleuve Le Saint Laurent se fait tranquillement par le pont Jacques Cartier, je rentre dans l’île de Montréal. Circulation, feux rouges, bruit malgré les innombrables bandes ou pistes cyclables, j’ai hâte de rejoindre un peu plus de quiétude. Il fait beau, la température est agréable, donc j’essaye tout de même de profiter. Une fois la ville derrière moi, j’aperçois au loin une fine bande montagneuse sur la ligne de l’horizon. Bref, 2h de vélo et j’attaque seulement le p’tit train du Nord, laissant Montréal et sa folie métropolitaine derrière moi.

    Un peu de relief, plus de calme, des montagnes comme boussole au loin, quel bonheur de rouler seul, loin de l'agitation. Il est 10h et la perspective de passer les trois prochains jours sur le vélo au milieu des bois, de la forêt, le long des rivières, des lacs me remplit de bonheur et d’ivresse. Le p’tit train du nord est marqué par un panneau à chaque kilomètre (cela me rappelle la Forestière, c’est top lorsqu’on est en forme, on voit les kilomètres défiler, mais quelle galère lorsque les jambes tournent moins bien ;-) ). Donc, Km 32 du tracé «Sud"  et je me dirige tranquillement vers Saint-Jérôme. Km 31, Km 30, Km 29, et enfin… j’atteins la ville de Saint-Jérôme et sa gare. Ma journée va être rythmée par la traversée de villages, de routes et les passages devant les gares.

    75 km effectués, 2h40 de selle pour le moment. Je laisse la gare de Saint-Jérôme de côté malgré son style original, type cottage orné. Se profile alors devant mes roues la partie «Nord» du parc linéaire Le p’tit Train du Nord. Je sais que je dois rejoindre le point Km 146, Nominingue, où se situe mon gîte pour la nuit. Jusqu’à présent, je roulais sur de l’asphalte, je suis désormais sur une partie «Gravel», un chemin gravillonné qui joue à cache-cache avec une super rivière, la « rivière du Nord »; une légère vapeur survole la surface de l’eau, je sens l’atmosphère se réchauffer avec la présence du soleil, mais les parties ombragées me rappellent que nous sommes déjà en automne et au Canada. Je monte très légèrement sur des pentes de 2 à 4 %, bien assez pour me rappeler de gérer mon effort car il me reste encore 135 km au moment où je m’arrête pour prendre un café et un muffin à la gare de Prévost.

    Après 90 km d’effectués, 3h15 de vélo, voilà une pause fort réconfortante. C’est une association qui gère la gare. Pas de cartes de prix pour le café ou la nourriture, chacun donne selon son bon vouloir. Je laisse un 5 dollars, un sourire et un remerciement. Ça fait le bonheur de tout le monde.

    Je repars, l'effort est assez soutenu sur un interminable faux plat montant. Je me fixe des objectifs kilométriques afin de garder un moral au beau fixe malgré des douleurs qui apparaissent dans les jambes. «Allez, encore 15 km et tu arrives à 100 km !», « le prochain village est dans 23 km, tu feras une pause là-bas»... Je passe Sainte Anne des lacs, Piedmont, Sainte-Adèle, je longe toujours la rivière, j’ai la sensation de rouler dans le Canada que j’avais en tête.

    Je m’arrête à nouveau à Sainte Adèle et son Espresso Sports/Café de la Gare, je remplis mon maillot avec des draps au tofu, je les mangerai plus tard, pas très faim pour le moment. Le tracé passe à travers des petits lacs, où des arbres morts jouent le rôle de gardiens, ils sont magnifiques, telle une armée qui souhaite garder intacte le lieu où elle est née. La couleur grise de ces gardiens tranche avec les couleurs automnales des vivants, des tons allant du jaune au rouge, ainsi que du vert pigmentent les forêts alentours. Quel régal pour la rétine ! Je n’ai plus mal aux jambes.

    Des scènes identiques se répètent au fil des kilomètres, j’en prends plein les yeux, la rivière fait place à des petits lacs ou de larges étendues d’eau, des tourbières, des tunnels verts qui traversent les forêts, des passages de ponts en bois. La rivière joue avec moi : une fois à droite, une fois à gauche, elle disparaît derrière des arbres, une colline et réapparaît juste après un virage.

    Les kilomètres défilent à une vitesse de 25 km/h, j’essaye de maintenir cette moyenne. Je suis toujours sur un chemin Gravel. Je passe Val-Morin, Val-David, Saint-Faustin-Lac-Carré, Km 70 le p’tit train du Nord, quasiment 140 km depuis mon départ. Je me rends compte que j’ai encore 100 bornes à faire. Va pas falloir trop traîner ! Je suis à nouveau sur une piste asphaltée, la progression y est plus facile, je m’approche de Mont-Tremblant, je sens les montagnes derrière les arbres, ça monte plus, il va être 16h. 

    Un petit stop pour manger mes wraps au tolu sur un pont au bord d’un lac. Dix minutes régénérantes. Puis je repars de plus belle. Je garde mes objectifs en tête. Il me reste 50 kilomètres à faire avant le gîte, cela fait 2 heures de selle si je maintiens une vitesse de 25 km/h. C’est vallonné et quel bonheur de filer entre 30 et 35 km/h dans les faux plats descendants. Malgré tout, cela devient long, j’ai mal aux jambes, en fait j’ai mal partout après 8h de selle mon corps ne souhaite qu’une seule chose, c’est s’arrêter. Je me surprends à faire une pause à côté de la borne kilométrique 104 et hurler tellement mon corps me dit stop. Ce ne sont pas les jambes, mais le cou et les épaules qui me crient dessus.

    C’est une interminable ligne droite avec 1 ou 2 % au milieu des prés, pas d’arbres et un vent de face. Je suis en dessous de 20 km/h, je n’avance plus, je fais mes calculs afin de savoir à quelle heure je devrais arriver si je continue de rouler à cette allure et la nuit arrive…

    J’essaie de manger, le tracé redevient plus sinueux, c’est bon pour le moral, je change d’écran sur mon compteur afin de ne plus voir les kilomètres ou ma vitesse, je ne vois que le relief… repos moral tout relatif.

    J’arrive enfin au gîte après 8h50 de selle, 221 km de fait. Un record pour moi. Content d’être là. Mais une surprise m’attend… pas de repas du soir servi, je dois me rendre au village plus loin (à 2 km pour chercher de quoi manger !) OK, ok… Je prends possession de ma chambre, je détache mon sac de selle (c’est cela de gagné en poids), j’enlève mes bidons et je roule jusqu’au village. Effectivement, hormis le snack chez Jojo, pas beaucoup de choix au niveau gastronomie. Qu’importe ! Je me commande un cheeseburger, je prends des boissons sucrées (beaucoup !). Et un dessert (très) sucré également (à te déchausser les dents du fond !). Bref, rien à voir avec mon modèle alimentaire habituel, mais c’est ce dont j’ai envie maintenant.

    Retour au gîte. 9h de selle et 225 km effectués, ma plus grosse journée sur un vélo, je vais enfin pouvoir manger. Ou plutôt engloutir mon cheeseburger et boire mes boissons sous une douche (si, si c’est possible !). Je me glisse sous la couette et dodo car le lendemain je sais que j’ai encore 180 kilomètres à faire. Bref, à 21h, plus de son, plus d’image…

    JOUR 2

    Un réveil à 8h, soit 11h de sommeil. Ouch ! Le petit déj’ est digne de ce qu’on peut attendre au Canada. Au programme, café filtre, oeufs brouillés, bacon, morceaux de fruits, beurre de cacahuètes, toasts. Je décolle à 10h, passage à côté du Snack chez Jojo et je file vers le Mont Laurier. Point final du tracé Le P’tit Train Du Nord. La matinée est fraîche mais agréable, le soleil est toujours omniprésent. Je passe à travers des forêts et traverse régulièrement des ponts afin d’éviter des zones humides, des petites rivières. Je profite de ce départ tranquille pour remettre en route la machine, les jambes sont … disons, «sensibles», sinon tout va bien.

    Le paysage s’ouvre sur de vastes étendues lorsque la forêt disparaît. Je profite. 55 kilomètres plus loin, j’atteins le village du Mont-Laurier, point kilométrique 201 et terminus du tracé Le p’tit Train Du Nord. Une gare, un restaurant, un plat de spaghettis, une association qui gère cela, un 25 dollars en contribution (vu leurs sourires je dois être dans le vrai !) et je repars dans l’autre sens. J’ai donc 130 km à faire avant d’atteindre mon lit. Même si j’effectue un A/R sur un parcours identique, le point de vue est différent, j’ai donc l’impression d’être sur un autre parcours. Tant mieux !

    JOUR 3

    Réveil 7h, départ 8h. Maillot chaud et veste de pluie sont de rigueur pour commencer la journée. Le temps est très humide et il pleut légèrement, je souhaitais partir tôt car j’adore ces moments et ces ambiances. Le fond de l’air est frais, l’atmosphère chargée d’humidité. Des nappes de brouillard agrémentent le paysage ci et là.

    L'ambiance est si spéciale que pour un peu, je m’attendrais presque à surprendre des petits gnomes ou des elfes en plein travail matinal au milieu d’une forêt... Bref, je m’évade. Je profite pleinement de la plus belle partie du tracé sur un chemin gravel. Des forêts splendides où les couleurs sont un véritable feu d’artifices avec des tonalités rouges, oranges, jaunes. Je longe une magnifique rivière tantôt large et imposante, tantôt plus étroite et rapide. C’est littéralement le fil conducteur de ce tronçon long de quasiment 45 km.

    Je prends mon pied, les jambes tournent bien et je me régale visuellement. Le vélo file à 30 km/h dans ce long faux plat descendant mais pour le coup je préfère être plus lent et je me demande même si je devrais pas faire demi tour pour faire durer le plaisir… Je fais une pause au bord de l’eau, l’impression d’être seul au monde et « just enjoy ! ».

    Puis la transition se fait tranquillement vers un milieu plus urbain. Je sens que le monde « moderne » est de plus en plus présent. Je sens un retour dans la folie urbaine, dans la folie humaine avec l’omniprésence des voitures, de la circulation, des écrans, du stress... Je me retiens de penser à cela et reste attentif à mes sensations de ces trois derniers jours. 95 kilomètres effectués en 4h de roulage, toujours mes 25 km/h de moyenne. Clap de fin de mon trip vélo de trois jours.

    Je pense déjà aux futures destinations vélo, ma motivation après les longues journées sur le vélo me donne encore plus envie de repartir. Le voyage appelle le voyage. Et le voyage commence toujours en faisant le premier pas hors de sa maison… j’aime le vélo, j’aime le voyage.

    Mon vélo : Cannondale Slate

    Modifications : pédalier Cannondale hollowgram Si avec plateau OPI Spidering 44 dents

    Sacoche de selle : Vaude Trailsaddle

    Pneus : Schwalbe One

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  • 3 Commentaires


    avatar  Publié le 2019-11-05 20:41:51 par Seb07

    Bravo Julien.
    Beau reportage, bon trio
    avatar  Publié le 2019-11-06 15:21:38 par juvdr

    Bonjour Seb07, je n'ai assuré que la mise en ligne du reportage, tout le mérite revient à Arnaud Pierrel !
    avatar  Publié le 2019-11-07 02:22:00 par arnaud pierrel

    Merci Julien et du coup merci Seb07!
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