Jeroboam 2019 - le magnum jusqu'à la dernière goutte

Voici le récit de notre aventure italienne lors de la troisième édition du Jeroboam Series Italie. Un week-end dans la région de Franciacorta où nous avons visité l'usine 3T Cycling et pédalé durant plus de 8 heures sur un splendide Exploro 2020.
Publié le 27/09/2019 14:08 - par
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  • Avant de pédaler, passage obligé au siège de 3T Cycling pour récupérer notre Exploro et en savoir un peu plus sur la marque.

    Une série, une marque

    Suisse, République Tchèque, Italie et Espagne, le Jeroboam Series a augmenté le nombre de dates en 2019. Une belle série qui regroupe des événements Gravel dans toute l'Europe (et probablement bientôt sur d'autres continents). À l'origine de ce regroupement, On trouve une marque de composants et de vélos devenue dingue de Gravel : 3T Cycling.

    La destiné de 3T (Tecnologia del Tubo Torino) était pourtant bien éloignée du Gravel. En effet, depuis sa création en 1961, 3T est une marque plutôt traditionnelle, tournée vers la performance et la compétition. Une marque italienne relativement récente mais qui a su s’imposer rapidement sur le marché.

    Qui n’a eu une potence ou un cintre 3T sur son vélo ? Personnellement, on a souvent plébiscité cette marque pour sa qualité et l’aspect financièrement accessible de la série Pro. Au fil du temps et des modes, 3T a vu sa présence diminuée en première monte. La faute aux tiges de selle intégrées ou rectangulaires qui se sont généralisées sur les vélos. Les marques ont également créé leurs propres composants pour des raisons évidentes de coûts.

    Gerard Vroomen et René Wiertz lors de l'édition 2018 du Jeroboam.

    2015 marque un tournant pour la marque, Gerard Vroomen le co-fondateur de Cervélo devenant l’associé de René Wiertz pour une réorientation de l’entreprise. Vroomen et Wiertz vont naturellement se tourner vers la création de cadre de vélo et proposer par la suite des vélos complets. Le premier cadre est un Gravel : l’Exploro arrive en 2016. C’est le premier Gravel aéro sur le marché. 3T lance une tendance grâce au mélange de son ADN et de celui de Cervélo. Le résultat est probant et la réussite commerciale semble être bien présente. C’est d’ailleurs sur un Exploro 2020 que nous avons roulé le parcours du Jeroboam. La gamme de vélos s’étoffe par la suite, accueillant le Strada, premier « One By » (vélo à plateau unique) de l’histoire puis la version Strada Due. Aujourd’hui, la marque n’a pas la vocation de multiplier les modèles à tout va, l’avenir de 3T passe par une re-localisation de la production en Italie dans son usine de Presezzo. Un processus long qui a déjà débuté puisque le pédalier carbone de la marque, le Torno est déjà produit en interne. Un pédalier deux pièces entièrement en carbone, spécifique mono plateau tout simplement magnifique. La seconde étape après le pédalier sera la production des cadres. L’arrivée de nouvelles machines et le développement de nouveaux procédés de fabrication devraient permettre à 3T de produire un Strada ou un Exploro très haut de gamme. Un nouveau standard qui viendra compléter la gamme existante : Pro, Team, LTD et donc le Made in Italia…

    Impressionnant de voir Roberto travailler à la confection d'un pédalier Torno.

    Les pédaliers Torno quasi définitifs, il manque uniquement une étape de finition et la pose des stickers.

    Le vendredi soir un concert plutôt cool et décalé était au programme avec bien sûr une pasta party dans la plus pure tradition italienne.

    Direction le Jeroboam

    L’événement Jeroboam Italie propose quatre parcours Gravel : 37,5, 75, 150 et 300 km. Le 37,5 ne nous intéresse pas, le déplacement vers l’Italie mérite une plus grande virée que 75 km. Reste les 150 km et 300 km, le Magnum ou le fameux Jeroboam selon les dénominations de l’organisateur. Notre choix va se porter sur le 150 km. On peut être qualifié de petit joueur ou de petit buveur. On assume clairement. Le parcours de 300 km réclame selon nous une grande expérience en ultra. La journée du samedi sur le 150 km nous conforte dans notre choix. Pour le 300 km, il faut arriver préparé et bien équipé pour s’attaquer à ce parcours et à ses 6 000 mètres de dénivelé positif. Équipé, nous le sommes. Un magnifique Exploro Team Force/Eagle eTap 2020 était prêt lors de notre arrivée à l’usine 3T. Nous vous proposerons d’ici quelques jours un test complet de la machine sur le parcours du Magnum 150 que nous allons vous détailler ci-dessous.

    Quatre parcours, quatre bouteilles pour épancher les soifs de Gravel de chacun.

    Moitié moins de kilomètre sur le Magnum 150. Pour autant l’organisation annonce une dizaine d’heures pour venir à bout des 3 000 mètres positifs. En partant à neuf heures, l’arrivée est prévue pour 19 heures soit à la tombée de la nuit en ce début d’automne. Cela tombe mal, nos lampes sont restées dans un placard. En principe, on doit pouvoir raccourcir cette durée en s’arrêtant le moins possible sur les trois ravitaillements. Notre idée est donc de toujours avancer et d’être autonome au niveau de l’alimentation. Ce n’est pas une course de toute façon. Le départ est simplement collectif pour la forme et les photographes. On démarre notre GPS Wahoo Roam dans lequel se trouve le tracé intégral du parcours. Spécificité sur toutes les distances, au Jeroboam, aucun panneau n’est installé par les organisateurs. La navigation est donc 100% faite via un GPS, c’est une première pour nous sur une si grande distance. On va devoir gérer cet aspect et changer clairement nos habitudes parfois un peu trop tête dans le guidon.

    Nous profitons d'un petit groupe pour évoluer entre les vignes sans perdre la trace du parcours Magnum 150.

    Les premiers kilomètres vont rapidement nous confirmer la difficulté de la tâche. L’homme de tête navigue pour les autres, cette position tourne au fil des erreurs des uns et des autres. On participe activement à ce ballet. Les changements de direction sont nombreux pour sortir d’Erbusco et traverser les vignes qui entourent la ville. Cela va durer jusqu’au pied de la première montée au kilomètre 14, le mur du lieu s’avère un vrai juge de paix avec des passages à plus de 20%. On temporise et découvre les capacités de nos braquets du jour, nous sommes avec un plateau de 44 dents et une cassette de 11x50. On est déjà tout à gauche et plutôt inquiet car dans ces pourcentages notre progression est beaucoup plus difficile. La fatigue se fait déjà sentir. Pour le moment, On prend la mesure de la tâche sur cette longue rampe pavée de galets où il faut trouver la bonne traction. Nous sommes prévenus, il y a de la pente et les montagnes ne se laissent pas traverser sans peine. La première descente va nous secouer, nous sommes seuls car nous avons laissé partir deux bons grimpeurs devant. Un petit italien affûté et un jeune canadien qui se balade avec son plateau de 38 (on est un peu jaloux sur le coup). Il faut donc naviguer dans cette descente chaotique où nous craignons de crever à tous moments. Autant dire qu’il faut vraiment être attentif car les changements de directions sont parfois surprenants. Heureusement, nous sommes montés en Tubeless avec de solides pneus Pirelli en 45 mm et des roues Fulcrum en 650B. Un montage qui va nous conforter lors des passages types VTT et il y en aura de nombreux. Pas le temps de souffler, toujours seul, On survit à cette première descente.

    De nombreuses voies romaines jalonnent le parcours, il faut composer parfois entre la pente et le revêtement très dégradé.

    La récupération se fera avec la montée d’un long col routier. Huit kilomètres avec comme principal intérêt la vue sur le lac d’Iseo, l’une des plus belles vues du jour. On subit malheureusement les dépassements incessants des motards italiens, c’est dangereux et plutôt agaçant. La montée se termine, On récupère durant 500 mètres de descente pour ensuite attaquer l’une des parties les plus physiques du Magnum 150. C’est parti pour une montée tout terrain sur la « Via Santa Maria del Giogo », un vrai toboggan qui nous amène au point culminant, à 980 m. Comme précédemment, les pourcentages sont élevés souvent au-delà des 15% sur un chemin très pierreux. On active désormais le mode Fiat Panda 4x4. On passe partout mais lentement. Le premier ravitaillement est positionné au sommet où l’on retrouve nos deux petits jeunes. On a dû faire une bonne montée. Finalement, on repart à trois pour une descente rapide ; 550 mètres de négatif pour une folle dégringolade d’abord sur un petit sentier technique puis sur une piste béton pentue. On prend du plaisir et quelques risques. On a l’impression de désormais faire corps avec notre vélo. La prise en main est terminée, l’Exploro file et on prend plaisir à retarder les freinages à chaque virage. On découvre l’efficacité et la puissance du freinage Sram AXS, simplement bluffant. Les kilomètres défilent et nous sommes une nouvelle fois sur une longue portion routière montante. On prend peur en regardant la vitesse moyenne. Depuis le début, notre GPS affiche 15 km/h. Une vitesse qui ne risque pas d’augmenter sur les 15 prochains km. On roule tempo, on s’alimente et on dit définitivement au-revoir à nos deux compagnons qui mettent le turbo. Peu importe, on se concentre par obligation sur la navigation. En effet, il nous manque un bout de trace. On dézoom,  zoom dix fois, on s’énerve même après un demi-tour inutile. On arrive finalement à retrouver le chemin qui correspond avec notre écran. Il s’agit vraisemblablement d’un petit bug d’import de la trace. La navigation n’est vraiment pas facile dans ce dédale d’options. On a l’impression que le GPS est un peu en retard sur notre position exacte. Il faut prendre des repères visuels sans cesse et les confirmer sur l’écran. Heureusement la route laisse la place à une piste agréable au milieu de jolis villages. La descente sera aussi plus cool avec de longue partie sur route, entrecoupée de chemins rapides avec quelques segments Strava. À notre grande surprise On réalise le septième temps sur un segment descendant « DH cementato verso magnoli » sur près de 369 riders. On s’amuse clairement avec cet Exploro en descente, vraiment c’est fun.

    Le profil pour ce Magnum 150 avec le dénivelé essentiellement concentré sur les 80 premiers km.

    Sur cette vue, on peut facilement comprendre la complexité que peut avoir la navigation sur ce genre de parcours.

    Le dernier sommet du Magnum 150 est désormais notre prochain objectif. Situé au km 81, il marque la fin des gros dénivelés avec 80% des 3 200 mètres promis et également le second point de ravitaillement. Mais autant vous dire qu’il va se mériter. On va mettre une heure pour parcourir 10 km et gravir 560 mètres, le défi est autant physique que mental. On laisse de nombreuses cartouches en chemin, être seul pèse également. L’aventure serait plus sympa avec un compagnon. Mais on n’a pas l’intention d’attendre ; derrière, le premier participant à l’air vraiment loin. On  profite du ravitaillement pour discuter avec Matteo de la marque Pedaled (sponsor du Magnum 150). Il tient le copieux ravitaillement, on goûte tout et surtout on remplit nos gourdes vides depuis un moment. Avec plus de cinq heures de vélo, la fatigue est là, la perspective de la descente nous réjouit. On s’attend à dérouler et voir le compteur des kilomètres rapidement tourner. Grossière erreur. Au lieu de cela la pire descente de la journée se présente à nous. Longue et cassante, c’est une machine à laver de pierres que l’on découvre. Nos bras en garderont les séquelles durant plusieurs jours. On coupe fréquemment le « Via Maddalena », une route très prisée par les routiers, on passe vraiment proche de la collision avec un descendeur plus rapide que nous. La fin et l’arrivée dans la ville de Brescia offre un peu de repos. On passe dans le centre de cette grande ville lombarde de 200 000 habitants. Prudence, entre la circulation et les touristes, les risques sont nombreux.

    Le dernier tiers du parcours étant plus plat, la moyenne horaire augmente sensiblement. Cela fait du bien au moral.

    Le parcours est maintenant globalement plat. Il sera aussi moins joli et un peu ennuyant par moment. On en profite pour s’alimenter, prendre des photos et optimiser notre navigation. Les erreurs se font plus rares, On est bien dans la carte et on le restera jusqu’à l’arrivée. Les 60 derniers kilomètres sont une bonne école de patience, On soigne notre vitesse moyenne en roulant régulièrement entre 25 et 30 km/h.
    Dernier ravitaillement, les fruits sont cette fois notre cible. Des petites sections bien VTT et bien raides rendent le parcours moins long par moment. On croise quelques vététistes, un petit Ciao au passage et on met les voiles cherchant Erbusco du regard dès que le paysage s’ouvre un peu. Certains passages nous semblent familier, nous sommes en effet passé par là ce matin, mais pas de chance il reste encore beaucoup de km. On n’ose plus changer la page de notre GPS restant concentré sur l’effort et la trace. La peur d’avoir une mauvaise surprise et de découvrir qu’il reste beaucoup trop de kilomètre nous hante. On continue le plus vite possible dans les vignes, essayant au maximum de trouver une trace lisse de tous cailloux. On pilote au plus juste, On n’a plus l’énergie pour se lever du vélo, sauter et amortir correctement les impacts. Cela faisait longtemps que nous n’avions pas puisé ainsi dans notre moral, heureusement que les jambes résistent. Notre genou droit montre cependant quelques signes de lassitude. Cela tombe bien. Après 8h14 d’effort, Erbusco et le petit salon du Jeroboam apparaissent enfin au détour d’une ruelle. Les participants du 75 kilomètre sont plus occupés à boire une bière qu’à applaudir le petit français. Les deux jeunes avec qui j’ai partagé un bout de chemin sont là, un sourire, un petit signe de la main et je m’allonge sur la pelouse : content mais vidé.

    Quelques chiffres de la journée pour les amateurs. Parti avec 100% de batterie notre GPS Wahoo Roam termine la journée avec 57% de batterie. Il est prêt pour une deuxième boucle, lui !

    Avec le recul, ce Jeroboam fut une grande satisfaction et une belle aventure sur cet évènement Gravel italien. Nous avions le bon vélo, la forme physique pour assurer. Il faut en effet être dans la maîtrise au vu de la difficulté du terrain et de la fatigue qui s’installe irrémédiablement. On peut juste regretter les longues portions routières et la traversée de Brescia pour nous un peu dangereuse. Concernant le parcours de 300 km, on n’a pas vu la tête des premiers arrivants en direct, nous devions déjà être dans les bras de Morphée. Les images semblent montrer des sourires à l’arrivée et certains très beaux passages montagneux que nous n’avons pas eus. De quoi se poser la question d’une participation au 300 km l’an prochain… Pourquoi pas !!!

    Le parcours du Jeroboam 300 a réservé aux participants certains passages magiques.

     

     

     

     

     

     

     


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