Ritchey Outback, le culte du beau

Développé par la légende américaine Tom Ritchey, pionnier du VTT et passionné de vélo sous toutes ses formes, l’Outback est son interprétation du Gravel, un vélo que nous avions découvert et succinctement pris en mains à l’occasion de l’Eurobike 2017 et que nous avons pris le temps de tester beaucoup plus longuement cet hiver.
Publié le 30/04/2019 12:03 - par
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  • Visuellement, on est assez proche du Swiss Cross de Cyclo-Cross

     

    Potences, cintres, tiges de selle, selles, grips, pneus, roues, les périphériques Ritchey équipent de nombreux vélos que ce soit pour la Route, le Cyclo-Cross, le VTT de Cross-Country, de Randonnée ou de All-Mountain… Mais Tom Ritchey fut et reste est un cadreur. Bien entendu, ses productions personnelles modernes ne doivent pas courir les rues et si vous avez l’occasion de croiser un cadre signé du maître lui-même, achetez-le, il vaut de l’or. Ritchey a depuis longtemps maintenant confié la production de ces cadres à de bons faiseurs spécialistes de la soudure et de l’acier en Asie. Il ne s’en cache pas, quand le savoir-faire de production est là, ce qui reste essentiel, c’est le génie de la conception, du dessin, du choix des tubes, le soin du détail, tout ce que Ritchey préserve aujourd’hui contre vent, marée et tendances « modernistes ». Pour synthétiser, Ritchey c’est avant tout la mise en exergue de la fonction et des qualités d’usage, avec un soupçon de marketing quand même (le grand Tom est aussi un homme d’affaire, il ne faut pas se mentir). Tout cela se traduit pour les accessoires par des produits au design simple, toujours parfaitement fonctionnels et fiables, sobres et identifiables en même temps. Pour les cadres, Ritchey est depuis toujours un adepte de l’acier, des tubes fins et finition à l’ancienne. Quand il se penche sur un type de pratique, il tente de cerner les subtilités de la spécialité et d’en extraire le superflu pour n’en garder que la quintessence. 

    Designed by Tom Ritchey avec un dessin représentant le maître en train de souder, le sigle est volontiers enjôleur en faisant le lien avec le passé de soudeur de Ritchey. Les tubes en acier sont également signés Ritchey.


    Quand le grand Tom Ritchey se penche sur une nouvelle tendance, il essaie donc de répondre aux réels attentes ou au moins besoins des pratiquants. Et ces réponses sont généralement teintées de bon sens et de justesse. Ritchey ne se laisse, par principe, jamais embrigader par le pur marketing et l’esbroufe ; il privilégie l’usage, c’est le secret de sa réussite. On avait adoré le Swiss Cross initialement dédié au Cyclo-cross et par lequel nous avions fait nos premiers tours de roue façon Gravel, nous avons logiquement voulu voir comment ce vélo pensé pour cette pratique répondait à ses commandements. Nous avons donc roulé des centaines de kilomètres au guidon de l’Outback depuis le début de l’hiver jusqu’à ce printemps. De la route, de la ville, des bitumes nickel, d’autres plus dégradés, des pistes forestières, un peu de singletrack aussi, le vélo nous a accompagnés partout pour nous livrer tout son potentiel, tout son tempérament. On vous dit tout.

    Le serrage de selle qui se confond avec le haut des haubans est une signature Ritchey.

    On fait les présentations

    Au premier coup d’œil, l’Outback ne se différencie pas distinctement du Swiss Cross, la couleur mise à part. Le cadre est en petits tubes de section ronde faits d'acier cromo « maison » Ritchey Logic triple butted (3 différentes épaisseurs) soudés TIG (Tingsten Inert Gaz). La fourche « maison » également est en carbone. On retrouve avec plaisir des détails de fabrication propres à Ritchey comme le serrage de selle intégré au sommet des haubans, de jolies pattes « coques », une fine douille (1”1/8) qui englobe avec raffinement les roulements du jeu de direction et un cheminement en externe des câbles et gaines, un choix que nous cautionnons en Gravel où l’entretien doit être facilité. L’ensemble présente une simplicité esthétique un peu désuète qui ne manque pas de charme. Toujours est-il que les quelques millimètres de plus du côté des bases (437 mm au lieu de 425 mm) et de la douille de direction (+ 1 cm pour les cadres M, L et XL), la légère variation des angles de direction et de selle, plus redressés sur les tailles intermédiaires ne sont pas immédiatement perceptibles à l’œil. Seule la forme des haubans, les deux coudés symétriquement et l’adoption d'axes traversant de 12 mm, à l’avant et l’arrière peuvent sauter au yeux des observateurs les plus avertis et révéler qu’il s’agit bien d’un tout nouveau vélo. L'Outback est commercialisé en kit cadre-fourche mais c'est un modèle d'essai monté avec les équipements de la gamme maison WCS qui a été mis à l'épreuve.

    La fine douille de direction intègre les roulements du jeu de direction avec classe.

     

    Notez que l’Outback ne dispose pas d’œillets de fixations pour accueillir des garde-boue et/ou des porte-bagages, Ritchey ne destinant pas ce vélo au voyage au long cours, mais à une utilisation plutôt sportive, conformément au développement du Gravel actuellement outre Atlantique. Là-bas plusieurs circuits de compétition sont d’ores et déjà proposés aux amateurs sportifs de ce « nouveau » segment. En France, où le petit réseau routier est plus développé et où les pistes « blanches » sont moins courantes, le Gravel rime plus avec l’aventure, le tourisme et le voyage qu'avec la compétition. Pour le moment du moins. Pour les grandes expéditions, il y a l’Ascent, un vélo de voyage tout en acier prévu pour recevoir différents chargements.

    Revenons à l’Outback est à ce qui le différencie du Swiss Cross. Si l’on excepte les quelques détails morphologiques vus plus haut, rien de très flagrant en statique avouons-le, ce qui implique de mettre l’Outback à l’épreuve du terrain pour apprécier ce qu’apportent ces options techniques. Le modèle que nous avons eu en main durant ces quelques mois était donc richement équipé de tous les périphériques « maison » : roues, pneus, potence, cintre, « guidoline », tige de selle et selle. La transmission et le freinage étaient confiés à Shimano avec le réputé groupe Ultegra. Un gage d'efficacité.

    La finesse des tubes et la pureté du design font beaucoup pour le charme de l'Outback.

    Les petites pattes "coques" typiques des vélos Ritchey depuis de très nombreuses années se sont parfaitement adaptées aux nouvelles technologies comme notamment la patte de dérailleur démontable et l'axe traversant de 12 mm.

     

    Gros rouleur feutré

    Quel comportement cache ce design vintage relevé d’une peinture plutôt moderne ? L’Outback a été voulu sportif et il est fidèle à cette définition. D’ailleurs sa transmission double plateau et ses « petits » pneus slick en 35 mm de section ne laissent planer aucun doute sur la destination de pratique du Ritchey. Rigide, peut-être trop, son châssis manque un peu de confort hors des routes bitumées et les « petits » pneus ne sont pas des atouts dans ce domaine. Heureusement, l’Outback peut accueillir des enveloppes jusqu’à 40 mm de section ce qui est d’ordre à sensiblement améliorer ce trait de caractère. Rigide donc et pas aussi léger (2 kg annoncés pour le cadre) que les productions en carbone modernes, l’Outback n’offre pas des sensations de dragster à l’accélération. Entendons-nous bien, il se met facilement en mouvement et prend aisément de la vitesse, mais il distille des sensations moins fougueuses et moins grisantes que les plus performantes machines en composite que nous avons eu le loisir de tester. Magie de l’acier qui filtre les vibrations, lisse les impressions, mais traduit bien les efforts, l’Outback tient bien la vitesse quand il est lancé et continue à prendre de la vitesse, au rythme, avec générosité. Pas des plus explosifs, il est très efficace sur les efforts linéaires et permet de s’économiser sur de longues sorties. À vive allure, l’Outback bénéficie de sa géométrie retravaillée et équilibrée. Moins exigeant que le Swiss Cross, l'Outback fait preuve d'une stabilité rassurante (merci l’empattement allongé) et d'une précision qui bénéficie autant aux enfilades de grandes courbes sur route qu'au pilotage sur les pistes et sentiers. Les bonnes roues WCS Ritchey Zeta apportent la rigidité nécessaire en dépit d’une légèreté très compétitive (1560 gr la paire). Le vélo est facile à manier, plutôt tolérant quand les trajectoires sont approximatives. On pourra seulement regretter l’absence d'un plat dans le coude du cintre Ritchey pour trouver une meilleure prise en main dans les descentes « pentues ». Pour autant, le poste de pilotage Ritchey se révèle confortable tant sur que hors route et se révèle agréable pour les longues distances grâce notamment à l’épais ruban et au cintre de gros diamètre. Encore faut-il aimer ce type de prise épaisse.

    La selle Ritchey Skyline WCS à rails titane s'avère confortable pour les longues parties de manivelles.

     

    Toujours au chapitre du « pilotage », on apprécie la puissance maîtrisable du freinage à disque qui profite bien de la rigidité offerte par les axes traversants et qui participe à la maniabilité de l’Outback. Seuls les pneus Alpine JB trop lisses peuvent rendre les évolutions quelque peu fantaisistes, voire aléatoires, sur terrain gras et glissant. Confortables sur routes même dégradées, convaincants sur les sols gravillonneux où leur accroche n’est jamais surprenante, ils avouent vite leurs limites sur sol le meuble. A réserver à la route, aux pistes forestières, aux DFCI ou aux voies vertes.

    Les freins à disque au standard Post-Mount sont accueillis avec simplicité par la fourche et l'arrière du cadre.

    Les variations des cotes de quelques millimètres par-ci par-là induisent un comportement plus polyvalent qu’avec le Swiss Cross. Vous aurez compris que l’Outback est un peu moins pointu et élitiste que son grand frère de cyclo-cross si on prend ce dernier comme référence, encore que nous avions déjà beaucoup apprécié ce dernier pour sa relative polyvalence. Dans l’absolu, pour le situer dans l’offre actuelle des gravels, le Ritchey fait bande à part. Résolument sportif sans être aussi exclusif et performant que la majeure partie des productions en carbone moderne, il a le chic rétro qui caractérise les productions plus ou moins artisanales vouées au Gravel de voyage ou du moins à l’aventure. C’est un vélo qui marie à merveille la tradition et le modernisme, la sportivité et la polyvalence. A son guidon, on peut être un cycliste multiple tantôt cyclo-sportif, tantôt cyclo-touriste, tantôt cyclo-tout-terrain et pourquoi pas, à l’occasion cyclo-crosseur… Bref, rien ne lui est interdit même s’il n’excelle dans aucun des segments en particulier. En ce qui nous concerne, on aurait apprécié l’ajout discret de fixations pour l’ajout de supports pour un porte-bagage, on peut aimer le vélo sportif, l’aimer tant que l’on partirait bien avec pour d’autres horizons.

    Les pneus Alpine JB signés Ritchey sont assez polyvalents mais il ne sont pas les plus à l'aise dès que le terrain devient gras.

    Poids annoncé : 2170 gr, cadre+axe+patte de dérailleur

    Prix : 1449€ cadre+fourche+jeu de direction+axes

    Info sur le site Ritchey 

    Les + 

    + Très rigide

    + Qualité des soudures TIG

    + Possibilité de monter des pneumatiques jusqu’en 40 mm

    + Qualité des équipements et périphériques Ritchey

    + Passage externe des câbles et gaines. 

    + Douille de direction plutôt courte et pivot de fourche long avec plusieurs entretoises permettant d’adopter une position plus ou moins sportive selon ses goûts.

    Les - 

    - Pneumatiques Ritchey Alpine JB en 35 mm limités aux terrains secs

    - Poids du cadre à plus de 2 kg

     

    Retrouver les accessoires Ritchey


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