Cannondale Synapse Neo : des watts plein le bitume

Sujet tabou, aberration, ou véritable progrès. Le vélo de route à assistance électrique fait forcément débat. C'est pourtant bien une réalité et Cannondale dispose d'une offre qui colle au segment naissant. Nous avons testé le Synapse Neo. Moteur !
Publié le 04/09/2019 08:51 - par
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  • Direction l'Italie, les Dolomites et ses cols mythiques, inondés de soleil. Vous admettrez qu'il y a pire comme environnement pour découvrir un nouveau vélo. En l'occurrence, cette fois, il s'agit d'une sacrée originalité, puisque je m'apprête à enfourcher un Synapse à moteur. Oui, oui. Le vélo de route électrique est encore très nouveau et, si j'ai déjà eu quelques expériences en la matière, il faut bien admettre que les choses ne font que commencer. Alors, en effet, mentionner la si prestigieuse appellation ''Synapse'' en l'accordant avec la notion d'assistance électrique, fait encore bizarre. Mais Cannondale n'est tout simplement pas à la traîne sur ce segment en devenir et si porteur pour l'avenir proche. La firme américaine a développé toute une famille de vélos de route électriques, articulés autour d'un moteur Bosch et des esprits ''endurance'' ''performance'' et ''confort'' des Synapse classiques, pour ne pas trahir l'idée originelle...

    LE VÉLO, LA GAMME. J'ai découvert et testé le Synapse Neo dans sa version ''1'' la plus haut de gamme, proposée à 5 999 euros. Évidemment, avec l'ajout d'une assistance électrique, on change tout de même un vélo, à commencer par sa géométrie qui doit être adaptée pour améliorer la stabilité, la sécurité, en conservant toutefois suffisamment de réactivité et d'agilité pour ne pas avoir à subir un train de marchandise. L'angle de direction est de 71°. L'empattement s'allonge un poil. Côté cadre, tous les Synapse Neo sont en aluminium et l'architecture permet une intégration totale de la batterie Bosch dans le tube oblique. Celle-ci est bien entendu amovible. Le tube est évidemment massif, mais l'esthétique globale est tout de même préservée. Le moteur Bosch est un Active Line Plus de 250 W. La batterie Powertube dispose de 500 Wh de réserve. Le système s'accompagne d'une transmission Shimano Dura-Ace, avec une cassette 11 vitesses en 11-30. Particularité rare avec un moteur Bosch, Cannondale a travaillé sur des modifications qui permettent d'associer deux plateaux et un dérailleur avant à la motorisation. En l'occurrence, on retrouve un pédalier FSA avec des plateaux de 50 et 34 dents. Le freinage est confié aux Shimano Dura-Ace avec des disques de 160 mm. Les roues sont des Vision TriMax Carbon. A l'époque de cette prise en mains, en fin d'année 2018, Bosch n'avait pas encore livré ses nouveaux écrans de contrôle Kiox, ultra complets et connectés. J'avais donc utilisé le vélo avec un écran Purion miniumaliste - que les vététistes connaissent bien - en guise de dépannage. Mais ce vélo est bel et bien commercialisé, désormais, avec la solution Kiox bien plus qualitative. Nous n'avons pas pu peser notre vélo de test en grande taille, mais Cannondale annonce des poids à partir de 17,2 kilos sur cette version haut de gamme.

    L'EXPÉRIENCE. Ne tournons pas autour du pot. Je suis vététiste, pas habitué des longues sorties sur le bitume. M'envoyer des descentes cassantes, manger du singletrack technique ne me fait pas peur. Monter des cols, si ! Alors évidemment quand Cannondale m'a fait part du programme, je me suis naturellement posé quelques questions. Plutôt ouvert d'esprit, j'avais pourtant hâte de vivre cela, mais il est vrai que certaines expériences électrisées similaires relativement récentes m'avaient laissé perplexe : chauffe moteur en pleine ascension, chauffe des disques en pleine descente (oui, il faut compter 90 kilos de bonhomme + plus de 20 kilos de vélo, tout ça pour des petits rotors...), engendrant des stops refroidissement à répétition sur le bas-côté de la route... Bof, bof.

    Ci-dessous : short baggy, veste large et casque de VTT type enduro. Quoi, il y a un problème avec mon style ? Toujours est-il que j'ai passé une excellente journée dans les Dolomites, à faire ce que je n'aurais peut-être pas fait sans moteur, ou, en tous les cas, certainement pas avec le même enthousiasme...

    J'y suis allé avec plaisir, mais un peu sceptique sur l'issue de l'histoire, abordant un peu l'idée en mode détente et expérience marrante... Au programme, 70 kilomètres et près de 2800 m de positif. Je n'ai de ma vie jamais roulé ce genre de format. Et par manque d'expérience, je suis incapable de savoir si, sans moteur, je peux assumer ce genre de sortie. Certainement pas sereinement, c'est la seule certitude. Bien posé sur le vélo, je suis déjà surpris par le confort du Synapse. Les points d'appuis sont efficaces et permettent de se sentir prêt à passer des heures sur le vélo. Ça tombe bien et je suis déjà rassuré sur ce point. On ne tergiverse pas et passés 2 kilomètres à prendre nos marques, nous commençons une longue journée d'ascension. Très habitué à l'explosivité d'un moteur Bosch sur un VTT, je dois totalement ré-apprendre à gérer l'assistance sur un vélo de route, qui plus est avec un modèle de moteur différent. Comme le reste de la bande, je me mets sur le mode d'assistance le plus économe. Il faut donc bien appuyer sur les pédales, c'est certain, ça reste du sport, incontestablement. Il fait vite chaud. Mais je découvre tout de suite un autre plaisir, celui de ressentir un feeling très naturel dans l'assistance. Celle-ci est très bien gérée, sans à coups, tout en fluidité et en douceur, et surtout, sans excès. Je force parfois, je fais monter le cardio, je relance dans les virages, mais tout se passe bien, j'ai juste l'impression d'avoir des jambes de feu plus que d'être véritablement aidé par un moteur. Dans le groupe, il y a des physiques de grimpeurs, des mecs aussi bien plus affûtés que moi, d'autres moins. Et très vite, les écarts se creusent. Les lois naturelles et la logique sportive reprennent leur droit et c'est aussi une très bonne chose. Nous sommes tous assistés, mais les meilleurs restent les meilleurs. Ceux qui appuient le plus restent devant. L'électrique ne gomme pas tout et ceux qui le pensent font une erreur.

    Parfois, je me laisse aller à passer à un mode d'assistance supérieur, juste pour m'amuser et avaler encore plus facilement le mur à l'intérieur d'une épingle. Je ne le ferai que quelques fois, car la particularité de rouler en VAE dans les cols de montagne inconnus, c'est aussi de gérer l'autonomie. Et là, il faut bien avouer que j'y vais à l'aveugle, ne connaissant pas les lieux ni le vélo. Prudence donc ! Au fil des bornes, je ne me lasse pas du vélo, ni de la route. C'est même un plaisir constant : celui de me rendre compte que je grimpe sereinement des cols magnifiques mais aussi celui de passer du temps sur un vélo qui est tout sauf austère. Il se pilote bien dans les longues descentes en lacets. Si l'assistance se coupe naturellement au delà de 25 km/h, les relances et ré-accélérations entre les courbes sont efficaces. Bien positionné mains en bas, je peux enchaîner les virages et m'amuser à surfer avec les limites, sans problème. En bon vététiste, j'aurais vraiment souhaité un cintre plus large, encore que, peu importe ma sensibilité, le VAE impose de repenser la largeur du cintre, ne serait-ce que pour augmenter le bras de levier sur un vélo naturellement très lourd, qui perd en maniabilité et qui voit son centre de gravité se déplacer vers le haut. Contrairement à ce que j'avais vécu par le passé, aucune chauffe sur les freins. Ais-je progressé en descente sur route - un exercice bien différent pour un vététiste ? Aucune raison, puisque mon expérience est toujours aussi limitée. J'attribue donc ça à la qualité des pinces Shimano qui, même en 160 mm pour mon gabarit, remplissent parfaitement leur office. Vif, réactif, le vélo se manipule assez facilement pour un modèle pesant près de 18 kilos. Une seule chose nous déplait, c'est l'inconfort du vélo quand on passe dans des trous ou que le bitume est vraiment dégradé. Là, on sent que le vélo est lourd et on se fait chahuter. Mais clairement, ce n'est pas un problème lié à ce vélo en particulier, du moins, c'est ce qu'on imagine. Sur cette journée de 2 800 de positif, il faut être clair, nous n'avons quasiment jamais roulé sur le plat. Quelques kilomètres à proximité de l'hôtel, tout au plus.

    Alors bien sûr, en étant toujours en montée (sous le bridage à 25 km/h) et toujours en descente (là où le poids du vélo n'est pas handicapant) nous n'avons jamais vraiment eu à pédaler au delà du bridage. Avec un moteur Bosch, c'est évidemment un peu plus compliqué qu'avec tous ces vélos équipés du fameux système Fazua. Mais à l'évidence, ce Synapse est justement fait pour ce genre de sorties en montagne, pour manger du dénivelé positif et s'offrir des cols ''inaccessibles''. Fin de journée et retour à l'hôtel. Je m'aperçois qu'il me reste encore une barre de charge sur mon écran Bosch et que, malgré le programme consistant et mon poids de 90 kilos (forcément plus énergivore pour la batterie qu'un mec de 72 kilos) je suis parvenu à gérer suffisamment l'autonomie. Sans pour autant me ruiner les cuisses et rentrer cramer. Et ça, c'est une belle surprise.

    ALORS ? Alors, cette petite aventure électrique dans les Dolomites restera un très bon souvenir pour moi. Pas uniquement grâce aux paysages magiques, à la météo parfaite et aux franches rigolades. C'est aussi incontestablement une réussite directement liée au vélo. Le Synapse m'a (enfin) convaincu en tout point, moi le sceptique. Il m'a permis de faire quelque chose que je n'aurais certainement pas pu faire avec un vélo 100% ''musculaire''. L'autonomie a tenu. L'assistance est très bien gérée. Le vélo est confortable et je n'ai eu aucun souci pour freiner la bête dans les longues descente. Ce type de vélo est d'ailleurs fait pour des gars comme moi et c'est tout l'intérêt de ce nouveau segment ''route électrique'' si on y adhère : il s'adresse à des pratiquants qui n'ont pas l'habitude de monter des cols, à des cyclistes qui n'ont pas forcément la caisse pour assumer ce genre de programme mais qui ont tout de même envie de goûter aux plaisirs de la vraie montagne. Reste le problème de la cohabitation. Nous avons croisé - et surtout doublé - un bon nombre de cycliste, en souffrance sur leur vélo classiques. Certains se sont amusés de notre passage, du ronronnement du moteur, d'autres beaucoup moins... Et il n'était pas facile, pour moi et ma conscience, de devoir dire bonjour ou faire un petit signe avec le sourire, à chaque fois que je doublais quelqu'un de plus méritant... Mais ça, c'est un autre problème qui n'a en tous les cas pas entravé le bonheur de cette belle journée.

    INFOS ET RENSEIGNEMENTS : tous les détails sur la gamme Synapse Neo sont à retrouver ici.

    Ci-dessous, la gamme Synapse Neo, du plus haut de gamme à l'entrée de gamme, ainsi que le modèle Gravel, tous en aluminium et tous équipés en moteur Bosch.

     


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