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Essai : Cervelo R5 Disc Dura-Ace Di2

Publié le 16/11/2017 08:00   par Nicolas Joly  

Le vélo de Grand Tour du futur !

Un test à haute vitesse...

C'est difficile à expliquer, mais ce vélo pousse à aller vite. Dès qu'on l'enfourche, impossible de faire autre chose que de prendre de la vitesse. Il est vrai que c'est résolument dans sa génétique, mais il y a quelque chose de plus, quelque chose d'inexplicable et d'irrationnel lié sans doute à son aura, sa présence, sa rareté. Bref un supplément d'influx qui agit directement dans le subconscient et qui nous a poussé dans nos derniers retranchements...un test douloureux donc, pour nos jambes bien sûr qui n'ont pas ménagé leurs efforts. Mais douloureux surtout pour notre égo...car plus qu'un test, ce Cervelo R5D a été une rencontre avec ses limites et surtout avec les rudes réalités de la compétition professionnelle.

 

Le vélo de route du futur déjà là !

 

Mise en perspective

L'offre Cervélo route est déclinée en 3 gammes : la S pour les "aéro", la C pour les "endurance" (relire notre essai du C3) et la R pour les "Road", les vélos "normaux" en quelque sorte, c'est à dire optimisé pour leur rapport poids/rigidité (bien que nous soyons plus éloignés que jamais d'un vélo réellement normal).

La nouvelle génération de R5, est donc la plus légère, la plus rigide, mais aussi la plus aérodynamique en date de sa famille, donc en un mot le summum de la polyvalence. En prévoyant des disques et de la place pour des pneus de 28 mm, on obtient l'archétype du vélo du futur, le coursier 2.0 en quelque sorte.

Et en y ajoutant, en plus, une transmission Dura-Ace Di2, et des roues Enve 3.4, et bien on crée tout simplement l'étalon de ce que sera un vélo de grand tour pour les années qui viennent.

 

Si la forme du tube diagonale, à la fois rond et carré, est bien dans la lignée Cervelo, le volume est lui sans précédent

 

Mais en attendant la popularisation de ces nouveaux standards, il sera encore bien longtemps difficile de passer inaperçu au quotidien avec une telle machine.

Enfin, presque accessoirement, à 6kg800 (avec ces roues à pneus), le R5D est aussi un des vélos à disques les plus légers du marché.

 

tendance 2018 : le serrage de selle invisible. celui-ci fonctionne très bien !

 

Le Cadre et les pièces "maison"

Le cadre dans sa version disque ne présente que peu de modification par rapport à la version "patins" : le montage des étriers en Flatmount, et les axes traversants. Ils sont au diamètre 12 mm, ce qui vient évidemment rigidifier une plateforme déjà très ferme, et chose intéressante, ils sont pourvus d'un système de verrouillage, non vissé, et réellement rapide. Ces modifications notables ne pèsent finalement que très peu, que ce soit sur la balance, puisque le cadre est annoncé entre 830 et 860 grammes (en taille 56), ou sur le budget, puisque le prix est le même en version patin.

 

Axe traversant ET rapide : notez l'extrémité qui libère l'axe en un quart de tour. Même en 140 mm, le disque "plein" est particulièrement sensible au vent.

 

Pour le reste, le R5 suit la tendance générale d'une intégration maximale, avec notamment un serrage de selle invisible, et efficace. Les durites et câbles cheminent bien sûr à l'intérieur des tubes. Le câblage électrique a été particulièrement bien pensé : il passe à l'intérieur du cintre, mais aussi de la potence dont il ressort autour du pivot de fourche pour entrer dans le top tube. Mais ce n'est pas tout!

 

Après avoir cheminé dans le cintre, le câble Di2 continu à l'intérieur de la potence (le cintre est percé), puis contourne le pivot de fourche  avant de plonger dans le cadre

 

Si sur cette 3° génération de Di2, Shimano, tel le capitaine Haddock et son sparadrap, a enfin réussi à se débarrasser de la boite de jonction et son élastique, intégrant les mêmes fonctions  dans un embout de cintre : solution à la fois pratique et élégante...pour un peu ils auraient même pu adopter un chargement USB direct, mais ils ont préféré une prise spécifique qui se raccorde, via un chargeur à...une prise USB !

 

Enfin débarrassé de la "Junction Box" et son élastique autour de la potence.

 

Les passages de roues sont généreux, et même s'il est équipé de pneus 25 mm (l'optimum aéro sur les roues Enve), il accepte officiellement des 28 mm, mais probablement un peu plus.

 

Pour finir avec les pièces maison, on retrouve : un cintre aéro très confortable, une potence carbone plutôt massive et une tige de selle à recul au style plutôt classique mais efficace.

Enfin, la géométrie a aussi évoluée, d'une géométrie critérium vers le grand tour. Par rapport à l'ancien R5, le nouveau gagne donc en empattement, et abaisse son boîtier, pour une meilleure stabilité. Côté pilote, c'est également plus racé, avec 8mm de douille en moins. Il en résulte une position certes agressive, mais parfaitement en phase avec le programme.

 

Le blocage caché, complété d'un collier qui permet de conserver sa hauteur de selle, facilitant ainsi les démontages et transports

 

Acte 1 : se laisser griser....

Dès les premiers tours de roues l'impression dominante est la fermeté et l'efficacité. C'est tellement flagrant qu'une prise en main est nécessaire pour apprendre à la dompter... probablement comme troquer sa Clio 16s pour une Ferrari....

La forme du tube diagonale a été aérodynamisée.

 

Et c'est comme ça qu'on se retrouve à 40km/h en moins de 5 minutes, en ne sachant trop combien de temps le rêve durera...Il est clair que le R5 prend vie avec la vitesse. Sur le plat, les sensations sont fabuleuses. Même si les roues Enve ne sont "que" des 38/42 mm, et le cadre pas un vrai aéro, il n'empêche, le vélo semble trancher l'air et évoluer aisément autour des 40 km/h. À cette vitesse, il est vrai inhabituelle pour nous, le vélo semble tout à fait dans son élément. Nous notons rapidement que les nouveaux disques Dura-Ace "pleins" sont par contre très sensibles au vent. Alors que le vélo est extrêmement à l'aise et efficace dans le vent, sur des tronçons descendant à 50-60km/h, même une brise légère peut réellement agiter le cockpit. L'efficacité ne semble pas affectée, mais il ne faut pas relâcher sa vigilance, tout particulièrement quand on se fait dépasser par un poids lourd.

Quand le terrain ondule, le R5 garde toute son aisance : les bosses ne se grimpent pas, elles s'avalent tout cru, le tout étant de jouer du Di2 pour garder de la cadence de pédalage. Avec ses plateaux 52-36, parfaitement adaptés à ses ambitions, on "consomme" néanmoins assez vite la cassette 11-28, et c'est donc très souvent que la chaîne se retrouve totalement croisée pour s'extraire des bosses. C'est un peu bruyant, mais pas grave finalement, le petit plateau étant réservé aux vrais cols, ce qui permet de garder du rythme, et c'est ce qu'il faut !

 

Le boîtier n'a jamais été aussi massif...une rigidité extrême qui se confirme aux premiers tours de roues

 

On se rend rapidement compte que le R5 n'est pas conçu pour rouler "tranquillement", et qu'il faut le maintenir sous pression en permanence, moyennant quoi, il vous le rend généreusement ! Le corollaire est qu'il rend la gestion de l'effort un peu délicate, et qu'il n'a pas été prévu de mode dégradé en cas de défaillance.

Les passages de vitesses sont les plus parfaits que l'on puisse imaginer, hyper rapides, hyper précis, insensibles au pédalage...la perfection.

Si le R5 ne revendique évidemment pas le confort d'un vélo d'endurance, celui-ci est néanmoins tout à fait correct pour la catégorie. Par contre, quand le bitume se dégrade, ça secoue, et plus notablement de l'avant ! Les passages de roues sont étudiés pour du large, puisqu'il a déjà été utilisé sur Paris-Roubaix en 2017, et un peu de volume ne peut qu'atténuer ce trait de caractère. Néanmoins, pour un Paris-Roubaix version amateur, où le sprint du vélodrome est plus accessoire, nous pensons le C5 nettement plus indiqué.

 

Acte 2 : à l'assaut des sommets

Fort de ces premiers tours de roues explosifs, c'est donc plein d'une belle assurance que nous attaquons, enfin, un vrai col. Un col de ceux où l'on se cale bien dans la selle, ou l'on rétrograde prudemment, et on s'attache à trouver le bon rythme, celui qui permettra d'aller en haut d'un seul et même élan.

 

Le R5Disc...un vélo qui donne envie de rouler VITE

 

Et là surprise, la cadence devient plus difficile à maintenir. Il est vrai que nous avons choisi un pourcentage à deux chiffres, et que nous y allons avec enthousiasme. En danseuse le vélo est évidemment toujours aussi explosif, mais quand on se rassoit, difficile de tomber dans un tempo régulier. Bref le rythme est saccadé, mais finalement c'est un peu comme ça que les pros passent les cols de nos jours...une attitude à étudier donc. Sur une montée courte et connue, nous prenons un PR, signe que le style n'est pas inefficace...tant qu'on arrive à le soutenir !

Pour nous rassurer, nous accuserons donc les roues Enve 3.4 Disc "moyenne-hautes" (38 mm à l'avant, 42 mm à l'arrière) et à pneu, de ne pas nous aider pleinement dans notre bataille contre les pentes les plus raides. Difficile de dire si ce sont les roues seules, ou la combinaison roues+cadre, mais il faut se rendre à l'évidence, un vélo de pro peut s'avérer ingrat. D'un autre côté, même si les pros utilisent ces roues en montagne, il faut se rappeler, (toujours pour se rassurer un peu), que :

1) justement, ils sont pros !

2) ils utilisent la version boyaux, tout de même plus légère (la jante) et plus souple (le boyau) et donc plus polyvalente.

Mais avec un peu de recul, nous dresserons finalement le même constat que sur le plat et le vallonné : le vélo fonctionne mieux à haute puissance et à haute fréquence de pédalage, deux paramètres qui ont malheureusement tendance à s'émousser dans la durée (prévoir des équipiers pour le début de parcours)

 

Le cintre aéro compact, particulièrement confortable, avec ses longs drops sur lesquels on passe beaucoup de temps

 

Acte 3 : retour dans la vallée...

Si le R5 est traditionnellement un vélo "de montagne", il était important de le pousser aussi en descente. Et à ce jeux là le R5D fait merveille. Sa géométrie n'y est bien sûr pas étrangère, mais ce qui fait vraiment la différence, ce sont les disques !

Les Disques Dura-Ace "pleins" permettent une ventilation et un refroidissement exceptionnel. Les étriers assurent une puissance hors-norme. Résultat 140 mm suffisent amplement aux parcours les plus extrêmes.

Shimano a réussi  une performance magnifique, Cervelo nous les vends au même prix que les patins !

 

Il faut néanmoins rappeler que nous ne sommes pas des fans inconditionnels des disques. Non par conservatisme, ou par principe, mais simplement par ce que, jusqu'à aujourd'hui, tous les freins à disques que nous avons pu essayer ne nous ont jamais apporté un clair avantage sur des patins...hormis bien sûr sous la pluie comme on le lit souvent...mais franchement ce n'est pas une situation si courante. Donc en conditions normales, sèches, même si la modulation ou le feeling pouvait être agréable, il n'y avait pas de quoi freiner plus fort, donc pas non plus moyen d'aller plus vite.

C'est là que nous entrons dans une nouvelle ère : ces freins Dura-Ace génération 9170, pourtant en disque de 140 mm "seulement" freinent plus fort ! Ils freinent facilement, sans effort, d'un doigt. Ils offrent un dosage parfait en toutes circonstances, que l'on se fasse surprendre par un virage qui ferme, une voiture qui coupe à l'intérieur, ou dans une pente très raide, et bien il reste toujours un peu plus de mordant et de puissance en réserve. Et surtout pas besoin de pluie pour s'en rendre compte, c'est tous les jours une réserve de sécurité.

Par ailleurs, le vélo supporte très bien cette puissance. Il faut dire que la fourche est particulièrement raide, notamment frontalement. Si l'arrière reste suffisamment confortable, l'avant lui à d'ailleurs tendance à "taper" un peu. Ça fait d'ailleurs raisonner la câblerie contre le carbone, mais c'est parfait pour encaisser les freinages et ciseler les courbes en toute confiance.

Si nous n'avons pas gardé le R5D suffisamment longtemps pour atteindre ses limites, il est certain que nous n'avons fait que les effleurer ! En résumé, après avoir grimpé très vite, le R5D ne ralentit pas en descente, et apporte même une sécurité sans précédent.

 

Le blocage rapide : déverrouillage, quart de tour et il sort...

 

 

Bilan : le sommet de la technologie route au poids UCI

Au terme de l'essai, nous sommes tout simplement bluffés par l'efficacité du vélo. S'il est évident qu'il bénéficiera surtout aux plus puissants d'entre nous, c'est qu'il a été conçu pour les pros.

Avec ce montage, plateaux 52-36 et roues "moyennes", le R5D fait merveille sur terrain plat et vallonné. Dans cette configuration, il fait donc directement concurrence aux modèles Aéro. Il est d'ailleurs extrêmement plaisant à haute vitesse. Paradoxalement c'est en montée où il est moins à l'aise, ou pour être honnête, le plus exigeant.

Pour notre usage, et compte tenu du reste de l'offre Cervelo, nous aurions clairement préféré une version plus typée pour la montagne, à base de roues basses et de pédalier compact, d'autant que le freinage hydraulique Dura-Ace ouvre une nouvelle ère dans le domaine des descentes de col. Bref un vélo qui nous a autant bluffé sur le gros plateau, que laissé sur notre fin sur le petit...et en tout cas laissé à réfléchir sur nos limites physiques, et le monde qui nous sépare des pros.

Il est clair, qu'avec un parc de roues adaptées, ce R5D préfigure ce que seront les vélos de Grands Tours du futurs : tout simplement la quadrature du cercle, l'aboutissement final du vélo "de course", un peu dans le même sens qu'une Formule Un, représenterait la voiture "de course"

C'est à dire une machine performante en toutes conditions, équipée du meilleur de la technologie (Di2 + freinage hydraulique), tout en intégrant les performances aérodynamiques, et le tout dans un poids UCI...

 

Le tube de direction est très court ! attention au choix de la taille pour ne pas se retrouver avec trop d'entretoises.

 

 

Les +

Vélo de Pro du futur

Config idéale  pour les parcours vallonnés

Freinage et Transmission Dura-Ace proche de la perfection

Passage de roue pour 28 mm

 

 

Les -

Sensibilité des disques au vent

Les moyeux Formula manquent de fluidité et n'ont pas leur place dans une transmission Dura-Ace

Câblage interne très bruyant

 

 

Modèle : R5 Disc Dura-Ace Di2 9170

Poids VdR : 6kg800 en taille 54

Prix : 8499€

Infos : Cervelo

 

 

 

 


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