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L’Étape du Tour Mondovélo : Modane – l’Alpe d’Huez

Publié le 14/07/2011 14:01   par Julie Krasniak     2 Commentaires

L’Étape du Tour, ça commence souvent des mois et des mois avant, et pour beaucoup d’aficionados, le jour où les dates et le lieu de l’Étape tombent. Cette année le parcours, mythique, s’annonce également sévère : Télégraphe, Galibier et l’Alpe d’Huez. Le tout sur des routes totalement fermées à la circulation automobile, dans des conditions « Tour de France »

Et pour tous ces passionnés bercés par la culture du cyclisme, l’évocation de ces noms renvoie à tant d’images mythiques. Les alpes imposantes, les 21 lacets de l’Alpe d’Huez plein sud dans lesquels le soleil tape toujours plus fort en juillet, Pantani en 98 (certes d’une certaine façon, il en a perdu la vie, mais la légende reste…), l’entrée du Galibier au paysage lunaire où chaque lacet nous rapproche un peu plus du sommet et d’une certaine façon du ciel.

Mais l’Étape du Tour, c’est aussi plus de 9500 cyclistes. En fait, surtout passionnés de sport, prêts depuis des mois à aller au bout d’eux même. Il y a la compétition de l’athlète de haut niveau et celle de monsieur tout le monde, qui va se surpasser chaque jour pour se préparer pour le jour J. Qui va regarder 100 fois le dénivelé du parcours, qui va envoyer un texto à tous ces compagnons de route le jour où les numéros de dossard sont mis en ligne. Car l’Étape c’est avant tout des bandes d’amis, toutes nationalités, toutes professions et tous les âges confondus, qui se retrouvent le dimanche, délaissant leur famille pour quelques coups de pédales. Un jour cela leur traverse l’esprit, et si… et si on faisait l’Étape du Tour ? Parce qu’il y a toujours un proche qui connaît quelqu’un qui l’a fait et qui vous dira que c’était magique. Force est de constater que cette personne disait vrai. Le seul obstacle pré course à surmonter reste cependant d’obtenir un dossard. Et un bon dossard, si possible quand vous vous sentez l’âme d’un performer. Problème, les dossards vont de 1 à… 9500 !

Pour des raisons de sécurité, le départ est donné par vague, avec un décalage de temps entre les différents ‘’sas’’ de 600 coureurs. Le classement se fait au temps bien sur, mais les ambitieux voudront tous partir dans ‘’les 600’’, sas numéro 1, des VIP et compétiteurs.

C’est vrai c’est une cyclosportive, donc théoriquement l’aspect compétition doit être écarté. Chassez le naturel, il revient au galop, ce qui est valable probablement pour les 400 premiers, au bas mot. Pour les autres, c’est repousser aujourd’hui ses propres limites et en prendre plein la vue. Parce que oui, attaquer à 7h20 le télégraphe, c’est avoir une vue imprenable une trentaine de minutes après, juste avant de redescendre sur Valloire. Les montagnes jouent à cache-cache avec le soleil, et si vous avez de la chance, après Valloire, en contrebas de la route, vous croiserez quelques marmottes qui auront bien de la peine à ne pas vous prendre pour un grand malade.

Le jour J.
Il faut se lever tôt. Très tôt. Parce que la mise en grille de plusieurs milliers de cyclistes reste un exercice complexe. Il faut aussi se garer loin du départ, très loin, arriver à monter sur le vélo 10km avant le départ est une chance. La course n’a même pas commencé que le soleil se lève déjà, et surgissent de nulle part des cyclistes par dizaines. Plus on se rapproche, plus cela devient un flux continu. Presque le périf aux heures de pointe ! Et des cyclos que l’on prendrait pour des pros croisent de sympathiques Anglais en bermuda. Près de la moitié des partants sont étrangers : Australie, USA, Singapour, Allemagne… Après il y a l’attente, sur la grille de départ, près d’une heure pour ceux qui voudront partir devant. Dans le sas numéros 1, on se rend vite compte que la grosse majorité n’est pas là pour rigoler, attention affutage de rigueur. Il est aussi difficile de trouver un vélo qui n’équivaille pas à trois fois le SMIC minimum. Ce matin, il est 6h20 à Modane et le vélo est une chose sérieuse. Chaque visage montre des signes de concentration de l’effort qui l’attend dans le premier comme dans le dernier sas. Une légère odeur de camphre flotte dans l’air. On déguste des barres énergétiques et des gels ultra caloriques, estomacs sensibles s’abstenir. Comprendre les blagues échangées entre les concurrents requiert plusieurs années d’expériences dans le domaine.

Le départ
On a du mal à penser qu’il faudra faire les 6 premiers kilomètres à plus de 50 kilomètres à l’heure. Mais c’est la réalité. Doubler, accélérer, freiner, relancer, pour espérer ne pas attaquer le télégraphe dans les bouchons ! Car c’est ce qu’il se passe à ce premier virage sur la gauche avant d’entamer les premiers lacets du télégraphe. Beaucoup n’ont même pas conscience de la journée qui les attend. Certains mettront près de 7 heures pour boucler les 110 kilomètres et 3200 mètres de dénivelé positif. Les amateurs apprécieront. Le changement de rythme est terrible, et quelques centaines de mètres après le début du premier col, c’est chacun pour soi. L’effort est terrible, les visages sont déjà marqués. On double, on se fait doubler, mais qu’importe, arriver en haut, c’est tout ce qui compte.
Avec l’euphorie de l’effort et le soleil levant, la vue avant de basculer sur Valloire donne une sensation d’extase. On en oublierait presque ce qui reste à parcourir. Vive les endorphines.

Le Galibier
Traverser Valloire dans l’ombre, aussi tôt, est une vision très particulière. On peut hésiter entre rêve et réalité. Quelques badauds attendent le passage des coureurs devant un café que l’on souhaiterait partager avec eux. Mais non, si l’on prend le temps de lever la tête du guidon, on voit se dessiner une route qui grimpe dans une vallée de roches grises, vide de végétation, lunaire, renforçant cette sensation d’être en dehors de la réalité. On va bientôt commencer à manquer d’air et ça va se sentir. Galibier, bonjour. Il y a un panneau dont chacun des participants se souviendra toute sa vie avant le Galibier. Un panneau 18km juste à la sortie de Valloire. À partir de celui-ci, les kilomètres n’en finissent plus. Si une véritable course se joue à l’avant, on voit vite des coureurs mettre pied à terre. Certains se parlent à eux même. Les petits groupes qui avaient survécu au Télégraphe explosent. Panneaux 10km ; on aperçoit l’ultime virage qui bascule dans la descente au loin, et on ne peut imaginer ce que représente 10km à cet instant, c’est une sorte de mirage, l’espoir que le calvaire va s’arrêter très prochainement. Pousser sur les pédales, inspirer-expirer, boire. C’est fou comme la quantité d’oxygène que peut contenir un poumon semble insuffisante. Les respirations sont profondes, les esprits sont loin, il faut chasser la douleur, la repousser, l’oublier. On se laisse à imaginer les coureurs du Tour de France qui passeront ici à une allure folle dans quelques jours. C’est du délire, du pur délire. Les 2500 mètres d’altitude sont passés. Les kilomètres les plus longs de l’histoire du cyclisme arrivent. Les virages sont de plus en plus resserrés et n’en finissent plus. Un courant d’air vient fouetter le visage, il s’agit du vent qui balaie le sommet. C’est la libération.

La ‘’pseudo’’ descente vers Bourg d’Oisans
On n’imagine pas comme il est difficile de descendre les lacets qui mènent au sommet du Lautaret après un tel effort. Il y a vraiment de grandes différences de niveaux dans la descente. Mais personne n’a envie de passer par-dessus le parapet… En fait il n’y a pas de parapet ! Croire qu’il s’agit d’une énorme descente entre le haut du Galibier et Bourg d’Oisans est une grande illusion. Car il faut pédaler, encore et encore, et le changement de braquet rend les muscles durs comme de la pierre. Les chanceux trouvent un petit groupe de coureurs dans lequel s’abriter. Malgré tout, certains sont exténués et lâchent. Contrairement aux premiers lacets de la descente du Galibier, la descente depuis le haut du Lautaret vers Bourg d’Oisans est fluide et très rapide.
Une mauvaise surprise attend cependant les participants dans les tunnels. Si des panneaux indiquent que l’éclairage y est défaillant, cela n’empêche pas de se trouver complètement dans l’obscurité, ce qui va provoquer des chutes et malheureusement, des blessés sérieux.
Une chute qui se produit dans l’obscurité totale, avec pour seul guide un point de lumière qui est la sortie, et les pelotons qui arrivent et s’empalent sur les coureurs à terre. Une grande difficulté pour évacuer les blessés et au final jusqu’à une heure d’attente pour une grande partie du peloton.
C’était le point noir du jour, à l’heure où la sécurité sur les courses cyclistes est montrée du doigt.

L’ultime et fatale Alpe d’Huez
Le soleil commence à cogner sur l’Alpe d’Huez. Les braquets tombent, et l’ultime ascension démarre. Un peu comme un chemin de croix. Si les premiers arrivent un à un, des pelotons complets s’élancent de plus en plus nombreux. Depuis le sommet, on pourrait se demander quel est cet étrange pèlerinage. Les pentes jusqu’à 16% sont sans appel. Que dire des numéros de virages… 21, 15, 11, … Mais ça ne s’arrêtera donc jamais de grimper ? Et de grosses gouttes dégoulinent le long des visages, dont les regards sont plus absents que jamais. Après déjà 4 heures sur le vélo, le choix d’un développement adapté est primordial. 39 x 27 voir 25 pour les meilleurs, des compacts 34 x 29 pour les réalistes. Mais au vu des cadences, certains ont du payer cher de n’avoir pas prévu un braquet de secours… Quand vient l’ultime ravito avant les 10 derniers virages, le chrono qui tourne est oublié. De l’eau fraiche, de l’or.
Un homme se met entièrement sous une cascade, il a les yeux rouges et le visage livide.
Tant de personnes et un silence religieux, avançant mètre par mètre vers l’ultime sommet. Cela laisse songeur dans un monde obsédé par la vitesse et le bruit.
De temps en temps une ambulance vient briser le silence…

Stop, c’est fini maintenant !
Après le passage de la ligne, c’est l’extase, la fierté du finisher, la précipitation pour retrouver amis et familles, et raconter les anecdotes de cette inoubliable journée. Les défaillances et les victoires sur soi. Celles qui resteront gravées pour le restant de sa vie. Celui qui pourra dire, ‘’Quand j’ai fait l’Étape du Tour, dans le Galibier…’’ L’histoire du cyclisme en somme, une histoire de passionnés. Le meilleur homme bouclera les 109km en 3h39min10s, soit 29,97 km/h… et une ascension de l’Alpe en 44min06s. Autant dire qu’il n’aura rien à envier aux pros qui passeront par là tantôt…

Mais il y aura aussi le monde du commun des mortels, celui de la vraie vie, même à 16 km/h, l’important était d’aller au bout de soi même.

Si vous aussi vous avez roulé sur l'Étape du Tour #1 ou #2, venez nous raconter votre épreuve sur le forum veloderoute

Merci au photographe Michel Maindru et son équipe de nous avoir envoyé les photos individuelles ci-jointes. Vous avez participé à l'Étape du Tour #1 ? Retrouvez vous aussi vos photos sur maindruphoto.com



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2 Commentaires

  • 15/07/2011 20:16:38 par vintage

    très bon texte, on s'y croirait, félicitations
    d'autres belles photos de l'étape du tour vues ici

    http://www.velovelo.com/article.php3?id_article=8501







  • 19/07/2011 09:57:51 par Mamad

    Magnifique compte rendu. Ca donne sacrément envie!!