Une expérience sans aucun stigmate

Est-ce l'ADN Santa Cruz ? Toujours est-il que l'on a vite délaissé le bitume et même les grands chemins blancs pour ne faire que du single au guidon de ce Stigmata...
Publié le 23/09/2015 10:19 - par
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  • On est beaucoup plus habitué à voir ce logo sur une douille de VTT . Photos Richard Bord

     

    La petite histoire d'un novice. Celle d’un type qui n’a jamais vraiment roulé en Gravel et encore moins en CX. De la route, modestement, tout au plus. Mais un vététiste passionné qui peut vite se laisser séduire par les marques renommées et emblématiques dans le monde de la grosse roue à crampons. Et voilà que survient une vilaine blessure, sur une chute anodine. Passée l’interminable période de repos forcé, il était grand temps de s’y remettre, avec une certaine appréhension au niveau d’une épaule fragilisée et affaiblie, et toute la prudence que cela impose dans le processus de retour aux affaires. Voilà la logique de la démarche : plutôt que de reprendre tout de suite le VTT, avec les chocs et les risques qui vont avec, pourquoi ne pas se ‘’modérer’’ en roulant enfin sur un de ses fameux "gravels" dont on cesse de nous parler depuis un certain temps. Oui, surtout à nous vététistes, cibles manifestement prioritaires des constructeurs sur ce nouveau créneau. Les ''autres'' doivent déjà accepter les disques... Humour. On s’apprêtait donc à succomber à la mode. Avec l’avantage de pouvoir rouler ailleurs que sur du bitume et d’y aller progressivement, sur des petits sentiers roulants. 

     

    Le tour du propriétaire (en rêve oui !)

    Si Santa Cruz ne représente quasiment rien dans le milieu de la roue de 700, en terme d’image comme de place sur le marché européen, l’enseigne californienne jouit d’un statut diamétralement opposé chez les vététistes. Un Santa Cruz en 700 ? Une petite dose de fun, d’exotisme, de rareté et d’autres petits plaisirs subjectifs et totalement personnels nous ont orienté vers cette marque et son nouveau Stigmata, arrivé l’année dernière et unanimement salué pour sa beauté et la qualité de son cadre. Il est en carbone, reçoit pour l'occasion un montage un peu plus typé CX que Gravel, avec des pneus relativement fins (33 mm de large) et un guidon classique, mais ce n’est pas grave du tout. Le Santa Cruz se dote d’axes traversant de 15 mm à l’avant et 142x12 mm à l’arrière.

    Côté transmission, le vélo nous a été livré par l’importateur Race Company monté en Sram Force 1x11 avec un plateau de 42. Le freinage hydraulique étant confié au même groupe. Pour les roues, on retrouve des WTB Asym, chaussées en pneus Maxxis Mud Wrestler. Zipp et WTB assurent le reste du montage pour les périphériques. Avouons-le, le prix atteint des sommets et participe grandement au côté exclusif et rare de la bête. Pour beaucoup, le Stigmata ne restera malheureusement qu’un rêve… En kit cadre (avec fourche, jeu de direction, axes, accessoires de montage Di2 et collier de serrage de dérailleur avant) il est affiché à 3 549 Euros. Dans ce montage de test, il s’échange contre 5 699 Euros. Ça pique, n’est-ce pas ? Nous l’avons pesé en taille 56 à 8 460 grammes, pédales comprises. C’est très honorable.

     

    Pas sage très longtemps…

    Y aller tranquille pour retrouver le rythme, donc. C’était le plan. Tu parles ! En demandant clairement à Race Company de jouer les prolongations, nous avons finalement roulé ce vélo pendant plus de deux mois. Largement le temps de s’y habituer, de le dompter et d’y prendre un véritable plaisir. D’autant que les bonnes résolutions en matière de prudence et de respect des préconisations médicales n’ont vraiment pas fait long feu. Allez, on va dire qu’on a tenu une sortie et demi, avant de découvrir tout ce que le vélo pouvait nous offrir comme plaisir sur des sorties vraiment tout terrain, celles que nous faisons régulièrement à VTT. Sans compter les sorties justement passées en compagnie de vététistes… On s’est donc lâché. En faisant fi des restrictions, en ne retenant que l’excitation de la découverte et des possibilités de ce vélo.

    Du tout-terrain avec un vélo de route ? Et si ces petits filous de constructeurs avaient finalement raison lorsqu’ils vantent les bienfaits du Gravel et toutes les portes qu’il peut ouvrir ? Soyons clairs, nous n’avons jamais roulé avec ce vélo dans les Alpes ni sur les sentiers ultra-rocailleux du Sud. Faut pas exagérer non plus. Mais sur des sentiers roulants, pas trop cassants, ce vélo nous a permis de prendre autant de plaisir qu’avec notre VTT. Si, si. Au programme : nos habituels parcours d’île de France, quelques sorties franc-comtoises, et tout de même des sorties 100 % route pour se faire la caisse, même si au fil du temps, on a totalement délaissé le bitume pour ne faire que s’amuser en forêt. Certes, c’est une approche totalement différente. Les descentes ne se font pas aussi vite. Les obstacles ne s’abordent pas de manière aussi frontale, mais il s’opère très vite une sorte de décalage : ce que l’on perd par rapport à un VTT en capacité de franchissement, en confort, en précision, en vitesse ou en freinage, permet d’avoir beaucoup plus l’impression de piloter, sur toutes les parties du parcours. D’être aussi parfois sur le fil, sensation toujours grisante. Là où on s'ennuyait parfois à VTT, on se surprend à s'offrir quelques sensations excitantes. En clair, ça apporte un peu de piquant quand on roule sur un terrain de proximité pas franchement exaltant pour un vélo à suspension(s). Incontestablement, la sortie devient encore plus fun. C’est, durant toute cette période passée sur le Stigmata, comme cela que nous avons abordé ce test et cette première expérience. 

    On s'est senti très bien sur nos sentiers habituels. Nous avons vite délaissé la route pour ne rouler qu'en forêt.

     

    L’ADN Santa Cruz ?

    On ne s’attendait absolument pas à pouvoir s’amuser autant sur les petits sentiers. Déjà, en tant que vététiste, il fallait se faire à la géométrie et à la position radicalement différentes. Passé le temps d’adaptation nécessaire à tenir le cintre en bas, y compris en descente, tout s’est soudainement éclairci devant nous. Le vélo offre un grip incroyable. La prise d’angle paraît folle pour un tel vélo. Les appuis et les trajectoires très VTT sont possibles, tant que ces dernières ne sont pas trop cassantes. Très vite on a eu l’envie de passer partout où nous passons à VTT, histoire de comparer… Encore une fois, on parle de sentiers roulants, faits essentiellement de terre. Pas de grosses pavasses au rendez-vous. Mais le Stigmata n’a jamais rechigné. Lorsque l’on prend de la vitesse, il se montre aussi stable qu’un train de marchandises. C’est sécurisant. Grisant. Incontestablement, ce qui nous a le plus bluffés, c’est le confort qu’il procure.

    Toujours un peu sceptique et sur la réserve quand on sort de notre zone de confort (justement), on s’attendait à se faire chahuter, à lutter sans arrêt contre ce cheval fou. Bref, à s’en prendre plein la gueule et plein les bras. Ce vélo est tout sauf un bout de bois. Le triangle arrière offre un confort relatif, très appréciable au fil des bornes. À l’avant, c’est encore plus vrai. La fourche reste précise, elle semble digérer les petits impacts et les vibrations, ce qui permet de rester focalisé sur la trajectoire. Une très bonne surprise. Pourtant, les pneus ne sont certainement pas les plus confortables du marché, ceux-ci, relativement fins, étant plus destinés au CX pur et dur. Ce confort devient absolu sur la route. Le vélo gomme toutes les aspérités du bitume. C’est un vélo parfait pour rouler longtemps. Retour en forêt. On s’est donc vite retrouvé en confiance sur ce Santa Cruz. À se demander parfois si nous n’étions pas sur un VTT. Est-ce l’ADN Santa Cruz qui fait ça ?

    Là où l’on sent bien que l’on est sur autre chose, c’est en relance, quand le sol n’est pas trop chaotique : la bête répond au quart de tour. On perçoit la sensation de légèreté de l’ensemble, la rigidité du châssis, le rendement des pneus par rapport à nos traditionnelles enveloppes de VTT. Qu’il est bon de rouler, de pédaler, de relancer, de grimper avec ce Stigmata. On se sent pousser des ailes. Juste refroidi dans nos ardeurs par un plateau de 42, un peu rude pour nous quand il s’agit d’attaquer les bosses. Côté freinage, rien à dire : on se retrouve avec sensiblement le même feeling que sur un VTT. Là encore c’est confortable et précis. La puissance n’est certes pas la même, mais notre vitesse à l’approche des virages ou autres obstacles non plus. Nous avons fait quelques sorties en compagnie de VTT. On s’est vite rendu compte qu’il est tout de même impossible de lutter dès que le terrain devient trop typé VTT. Tant que c’est roulant, que ça monte, que c’est lisse, on reste au contact. Mais dès qu’il faut piloter, on voit les potes se barrer sans se retourner. Ce qui n’enlève absolument rien à notre plaisir ! On lit plus le terrain, on ne taille pas aussi droit, on évite certains petits sauts, mais encore une fois, ce décalage de difficulté fait que l’on prend du plaisir partout, là où les types qui sont partis loin devant n’ont peut-être pas eu autant la sensation de piloter et de devoir choisir les trajectoires. 

     

    Et alors ? 

    Alors, on a rendu le Stigmata et on est remonté sur le VTT. Pour nous, c’était une expérience très agréable, surprenante dans le bon sens. Que du fun. Une autre approche pour un autre plaisir. Nous sommes prêts à admettre que sur des parcours roulants, nous serions mieux avec un tel vélo. Mais nous n’avons jamais envisagé de faire plus : nos deux sorties beaucoup plus techniques en Franche-Comté nous l’ont rappelé. On s’en doutait bien. Le VTT n’existe pas pour rien…

     

    Ce que l’on retient…

    ... Déjà, c'est qu'on aurait dû être un peu plus économe par le passé, histoire d'avoir une chance de s'acheter le vélo aujourd'hui. Tant pis. Car nous avons vraiment adoré rouler avec ce Stigmata. Euphorisant ! Pour un vététiste, c’est parfait en second vélo. Ça permet d’alterner idéalement les plaisirs et de s’offrir des sensations intéressantes sur des terrains beaucoup plus sages. 

     

    Le Stigmata a fière allure. Dans ce montage et en taille 56, il fait un peu moins de 8,5 kg.

    Quelques sorties tout terrain soutenues avec des VTT. On ne passe pas partout pareil, c'est évident...

    Le vélo est stable, précis, il a du grip. On se laisse facilement griser lorsque la pente s'incline.

    42 dents dans cette situation ? Les cuisses ont explosé, tout simplement...

    Ci-dessus, notre modèle de test en taille 56. Ci-dessous, les tailles et géométries disponibles.

     

     

    Fiche technique de notre modèle de test :

    Cadre : carbone CC, axe arrière de 142x12 mm, axe avant de 100x15 mm, fixations d'étriers de frien postmount. Passages de cables en interne. Boitier Press Fit 30. Compatible Shimano Di2. Taille 56 (tailles dispo : 52, 54, 56, 58, 60). Existe en orange ou en noir.

    Fourche : Santa Cruz Stigmata CC Cyclocross, en carbone

    Transmission : Sram Force CX1 (cassette 11-36, plateau 42 dents)

    Freinage : Sram Force, disques Avid de 160 mm

    Jeu de direction : Cane Creek 40 intégré

    Roues : WTB Asym i19, moyeux DT Swiss 350, pneus Maxxis Mud Wrestler 33 mm

    Potence : Zipp Service Course SL

    Cintre : Zipp Service Course SL

    Tige de selle : Zipp Service Course SL (27,2)

    Selle : WTB Silverado Pro

    Infos et renseignements : www.santacruzbicycles.com & www.racecompany.fr

     

    Ci-dessous, le Stigmata existe aussi dans une robe noire très classe.

     


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